Les patients sont les premiers profiteurs du système de santé

lundi, 15.01.2018

Jacques Neirynck^*

Sous le titre «Les grands profiteurs du système de santé», «24 Heures» publie un article prétendant que 20% des coûts pourraient être supprimés sans toucher à la qualité. Ce genre d’article – et surtout de titre –accrédite une idée trop répandue: bien gérée la santé ne devrait pas coûter autant, elle est le lieu de la dilapidation de l’argent des assurés

L’article n’épargne aucun secteur: les médecins privés, les hôpitaux, les pharmas, les assureurs, les cantons. Il manque une catégorie essentielle: les bénéficiaires du système, c’est-à-dire les patients. Ils vivent plus longtemps et mieux: 84,7 ans pour les femmes et 81,5 pour les hommes, quelques mois de plus que les Japonais. 

Faut-il organiser un rationnement?

Depuis 1970, les hommes ont ainsi gagné plus de dix ans et les femmes huit. Tout récemment, depuis 1996, quatre années avec un budget passé de 37,5 milliards à 77,8 milliards. Aurait-on atteint ce résultat si on n’avait pas investi ce budget supplémentaire? Personne n’est capable de répondre à cette question.

Il y a évidemment du gaspillage dans les soins de santé, des médicaments inefficaces, des opérations inutiles, des consultations multipliées, des firmes pharmaceutiques prospères. Il en est ainsi dans tout secteur d’activité: la formation, les transports, l’alimentation. Un peuple trop bien nourri jette des aliments. Faut-il pour autant organiser un rationnement?

Car il faut savoir ce que l’on veut. La santé pourrait être gérée par un service public alimenté par les impôts comme en Angleterre avec des listes d’attente tellement longues qu’elles finissent par se stabiliser grâce aux décès prématurés des postulants: il suffit de prévoir moitié moins de lits d’hôpitaux que la moyenne de l’OCDE. Cela ne coûte que 6,5% du PNB du pays, contre 11% en Suisse. 

L’espérance de vie est naturellement plus courte: 79,4 ans pour les hommes.

Quelle incidence sur l’espérance de vie?

On ne peut pas échapper à la réalité: si la Suisse réduisait ses coûts, elle diminuerait aussi l’espérance de vie. Dans quelle proportion? Impossible de répondre à la question. Faut.il initialiser une expérimentation au niveau du pays, juste pour voir? Cela aura un aspect odieux, quand on en viendra à ne pas opérer ou à faire attendre trop longtemps des patients. Est-ce que deux ou trois ans de vie en moins valent un budget diminué de moitié? Pas de réponse possible.

En Suisse on vient de prendre la décision de limiter le temps des consultations comme première mesure d’économie. 

Le temps d’un médecin est devenu trop précieux pour qu’il le passe à réconforter et à rassurer ses patients. Il devra se limiter à poser des questions factuelles, à faire des mesures et à prescrire un  traitement. 

Forcément son revenu baissera. On s’étonnera ensuite que la profession de généraliste attire moins de monde.

Il faut donc savoir ce que l’on veut. Si ce sont les meilleurs soins du monde comme actuellement, ce seras la facture la plus lourde. Si la vie vaut tellement peu la peine d’être vécue que les patients souhaitent l’abréger en faisant des économies d’argent public, organisons une consultation populaire, mais en mettant clairement cet argument en jeu. 

Et non pas en prétendant que moins de médecine peut faire autant de santé.

*Professeur honoraire EPFL



 
 
 
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