Les banques centrales vont-elles fermer le robinet?

jeudi, 11.01.2018

Philippe G. Müller*

En 2018, la période des politiques d’assouplissement monétaire dictées par l’urgence semble peu à peu toucher à sa fin. La BCE a  a annoncé fin octobre sa décision de diminuer de moitié le rythme de ses rachats obligataires pour les ramener à 30 milliards d’euros par mois à compter de cette année.

Les marchés ont réagi par une hausse de la volatilité. Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale avait auparavant indiqué son intention de réduire la taille de son bilan et les banques centrales plus petites envisagent des relèvements de taux, notamment la Banque d’Angleterre, la Riksbank et la Banque de Corée.

Il semblerait que les banques centrales ne resserrent pas les vannes monétaires par crainte de l’inflation. Une politique de durcissement prudente reflète toutefois davantage la vigueur de l’économie mondiale que des préoccupations liées à la poussée des prix.

En effet, l’inflation n’a pas encore atteint les objectifs des banques centrales. L’indice des prix à la consommation (IPC) de la zone euro ressort à 1,5%, l’indice américain correspondant (PCE) s’élève à 1,4% et le Japon ne devrait atteindre son objectif de 2% qu’en 2019. La nécessité de brider l’inflation n’est présente que dans des économies comme le Royaume-Uni, où l’IPC a atteint 3%, soit un niveau supérieur à l’objectif de près d’un point de pourcentage. Les banques centrales ont récemment révisé à la hausse leurs prévisions économiques pour 2018 et 2019, consolidant les prévisions d’une solide croissance économique. Cependant, un durcissement de la politique ne mettra certainement pas un terme à l’embellie de la conjoncture mondiale, car le niveau global des taux d’intérêt est faible et le soutien reste important.

La BCE a pris l’engagement de procéder à des rachats d’obligations à hauteur de 270 milliards d’euros cette année, tout en réinvestissant les titres arrivant à échéance. Il se peut que le durcissement monétaire augmente légèrement les rendements des emprunts d’État, mais la hausse des coûts de financement des entreprises et les conséquences négatives pour les bénéfices devraient être neutralisées par le redressement de la croissance économique.

Néanmoins, l’inflation aux Etats-Unis, plus élevée que prévu, reste à surveiller. Elle pourrait se traduire par un cycle de relèvement des taux plus agressif de la Réserve fédérale. En effet, chacune des six récessions qui ont touché les Etats-Unis ces 45 dernières années se sont produites à l’issue de cycles de resserrement. Si ce scénario de base prévoit une hausse graduelle de l’inflation et des taux outre-Atlantique, la situation tendue sur le marché du travail américain ne permet pas d’exclure une augmentation plus brutale des prix. Compte tenu de la nouvelle législation fiscale aux Etats-Unis, les investisseurs devront suivre de près l’évolution des programmes d’infrastructure et les indications fournies par les banques centrales lors des prochaines conférences de presse.

Pour l’heure, les politiques prudentes sur le front des resserrements doivent être considérées comme une réponse à la normalisation des conditions économiques. Les investisseurs ne devraient pas réduire d’ores et déjà leurs positions en raison de quelques légères hausses supplémentaires de taux.

*Economiste responsable pour la Suisse romande CIO WM UBS






 
 

AGEFI


 

 



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