L’innovation: critère important pour recruter un administrateur?

mardi, 09.01.2018

Marie de Freminville*

 

L’innovation est l’un des enjeux majeurs pour les conseils d’administration, avec la stratégie, la nomination des dirigeants, les comptes, et le contrôle interne.

 

  • La stratégie. Les technologies numériques (l’intelligence artificielle, la robotisation, le big data, et les plateformes) ont créé un sentiment d’urgence. Le conseil d’administration est moteur dans l’innovation, qui est un sujet à part entière de la stratégie.

 

Le conseil d’administration doit d’abord apprécier si l’entreprise regarde dans la bonne direction et si la vitesse est la bonne: innover assez tôt pour que le coût soit acceptable. Innover trop tard coûte souvent très cher.

La croissance externe est un moyen de faire évoluer le modèle économique de l’entreprise. Le conseil s’assure de la coexistence du business traditionnel (le «vaisseau amiral») et de l’innovation, dans le respect de l’intérêt social de l’entreprise et dans l’intérêt des actionnaires. Il ne s’agit pas d’abandonner le business traditionnel qui marche pour de nouveaux business ou produits, dont le succès est encore inconnu!

Une bonne pratique: dédier l’un des comités stratégiques à l’innovation. 

L’innovation et la collaboration avec les start-up, ne doivent pas être un élément de marketing ou de communication parmi d’autres: le conseil d’administration doit réellement porter l’innovation avec le dirigeant, faire l’expérience de l’innovation, apprendre («learning expedition»), et ensuite embarquer, piloter l’innovation avec des indicateurs non financiers. Les tableaux de bord pour suivre l’innovation sont spécifiques.

 

  • Le management. Dans l’univers start-up, la performance et l’innovation reposent entièrement sur l’entrepreneur. Le conseil d’administration challenge l’avancement des projets, cherche à comprendre les difficultés, l’accompagne dans les prises de décision opérationnelles, s’assure qu’il a une vision claire des tendances du marché, des axes à privilégier, du timing, et qu’il ne perd pas de vue le long terme. Le partage du temps entre aujourd’hui et demain est essentielle.

 

Le directeur général doit s’occuper à la fois de l’excellence opérationnelle et assurer la transformation continue de l’entreprise. L’innovation n’est pas seulement une question de technologie, mais de solution, qui intègre du juridique et règlementaire, du support client, des aspects économiques et financiers.

L’innovation exige de travailler dans l’entreprise de façon plus collégiale et plus transverse: les projets peuvent être portés par des «digital natives», et des experts métiers, en coopération avec les start-up, les universités, et les laboratoires.

 

  • L’organisation du conseil. Malgré la transformation numérique des entreprises, les travaux du conseil, notamment dans les start-up, elle n’est pas dématérialisée. Certains conseils archivent les documents sur des plateformes sécurisées, les échanges se font encore souvent par email, bien que les communications ne soient pas sécurisées, et malgré la confidentialité de l’information.

 

Une bonne pratique: commencer les conseils d’administration systématiquement par le problème majeur rencontré par l’entrepreneur (10%), continuer par les sujets de développement et l’innovation (50%), terminer par le business et les questions opérationnelles.

 

  • Quels profils faut-il recruter au conseil d’administration? L’innovation ne s’apprend pas à l’école! Les principales qualités évoquées par les différents intervenants sont la curiosité (aller voir la concurrence, les nouvelles technologies, s’interroger sur les besoins des clients), la capacité à challenger la direction générale à la fois dans sa stratégie et dans sa mise en œuvre, et l’expérience de projets innovants en tant qu’opérationnel.

 

Faut-il rajeunir les conseils d’administration? La diversité et la complémentarité entre digito-natives et administrateurs expérimentés est à privilégier. L’âge n’est pas le seul critère, la mixité des profils et des âges est créatrice de valeur. Dans les entreprises familiales, encourager l’intégration des enfants aussi tôt que possible est une bonne pratique.

Au sein des start-up, les comités stratégiques ne sont pas plus jeunes que dans les entreprises de taille plus importantes: les business angels ont souvent mené une carrière de direction opérationnelle, ont investi et ont le temps de siéger.

L’importante augmentation du nombre de start-up est un très bon signe pour l’innovation (les entreprises plus légères vont innover plus vite), mais attention au sur-financement du pré-amorçage par les investisseurs et les grands groupes, et au sous-financement de l’amorçage et du développement. Les entreprises doivent investir, pas seulement accompagner au démarrage.

 

*Présidente Starboard Advisory






 
 

AGEFI


 

 



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