Préoccupations des Suisses: un instantané saisissant

lundi, 08.01.2018

Alexandre Zeller, président du Conseil d’administation Credit Suisse (Suisse)

Fin 2017, le 41e Baromètre des préoccupations du Credit Suisse permettait une nouvelle fois de prendre le pouls de la population suisse.

L’édition 2017 étonne, car le chômage, préoccupation numéro un l’année précédente, est relayé par la prévoyance vieillesse. Même si l’enquête a été réalisée au plus fort des discussions sur la votation de la réforme de la prévoyance, ce qui a pu avoir une incidence, ce résultat n’est à mon sens guère surprenant.

Quand on se dit qu’aujourd’hui déjà, les prestations d’assurance promises dépassent les recettes, que dans moins de dix ans, l’âge médian des votants en Suisse sera de 60 ans, et que dans trente ans, il ne restera plus que deux actifs pour un retraité - contre plus de six en 1945 à la création de l’AVS, il y a des raisons de se faire du souci. Ceci d’autant que nous sommes ou serons quasiment tous directement concernés.

Le fait que le chômage – une peur ancestrale dans notre société fondée sur le travail – occupe invariablement le haut du classement dans le Baromètre des préoccupations, malgré un taux d’occupation toujours élevé, est prévisible.

En revanche, je ne partage pas l’opinion de ceux qui estiment que l’automatisation et la robotisation croissantes entraîneront des pertes d’emplois dans des proportions encore inégalées. Je suis au contraire convaincu que, même dans une société entièrement technologisée, le travail ne manquera pas, même s’il peut suivre des modèles complètement différents de ceux d’aujourd’hui.

En tant que Romand travaillant principalement en Suisse alémanique, je me suis particulièrement réjoui de n’avoir constaté aucune«barrière de rösti» en ce qui concerne la perception de ce problème.

En y regardant de près, un clivage est bien sûr décelable entre la Suisse romande et la Suisse alémanique, signe de l’autonomie culturelle de nos régions linguistiques, tout à fait acceptable, si ce n’est souhaitable.

Le thème des étrangers apparaît comme étant un problème nettement plus important en Suisse romande qu’en Suisse alémanique. Personnellement, cela m’a  quelque peu surpris. étant donné qu’en 2014, l’initiative contre l’immigration de masse a été jugée de manière sensiblement plus critique de ce côté de la Sarine qu’en Suisse alémanique.

Enfin, il est intéressant de noter que malgré toutes ces préoccupations, une écrasante majorité des Suisses sont satisfaits, voire très satisfaits de leur situation actuelle. Cela est rassurant, en ce sens que les défis actuels ne semblent pas entacher outre mesure la satisfaction générale en Suisse. Et inquiétant, d’une certaine manière, car la satisfaction peut conduire à ne pas prendre les problèmes suffisamment au sérieux et à ne pas vouloir les résoudre. Une saine dose de scepticisme serait à mon avis souhaitable, car seule la volonté de changement peut donner l’impulsion nécessaire pour faire avancer les choses.

La question de savoir s’il est possible d’élaborer un plan d’action concret à partir du Baromètre des préoccupations reste ouverte. Je suis en tout cas soulagé de constater que cette enquête, en plus de fournir un instantané politique et social saisissant de la population suisse, coïncide également largement avec l’agenda politique et médiatique actuel. La Suisse peut, à juste titre, être fière en découvrant son reflet dans le miroir.



 
 
 
agefi_2018-01-08_lun_02

Testez notre nouvelle App smartphone




...