Mifid II : la réglementation ne fait pas tout

lundi, 08.01.2018

Philippe Rey

L’entrée en vigueur le 3 janvier de Mifid II s’est passée sans gros problème au plan technique. On peut discuter à perte de vue sur ce bouleversement réglementaire touchant les entreprises de services financiers. Développée après la crise financière, cette directive européenne affecte les activités de conception, de distribution et de négoce des instruments financiers au sein de l’Union européenne. Ces changements sont censés être favorables aux investisseurs et à l’industrie financière, avec une plus grande transparence et une meilleure protection. Premier constat : cette directive est effective près de dix ans après la crise de 2008-2009, faisant penser aux carabiniers d’Offenbach! On réglemente toujours après coup. Deuxièmement, elle contient une pléthore d’articles, sans doute inutiles pour la plupart, comme c’est généralement le cas quand un projet de loi ou réglementation est élaboré par des technocrates et bureaucrates qui se nourrissent de la complexité. Troisièmement, si les professionnels de la finance sont évidemment préparés à Mifid II, la clientèle privée ou les particuliers n’ont pour la plupart aucune idée de quoi il s’agit, spécialement la clientèle de la banque de détail.

Venons-en à la protection des investisseurs, un point essentiel. Celle-ci découle d’une bonne gestion du risque; c’est le devoir de chaque institut financier. Le risque provient de ne pas savoir ce qu’on fait. Si Mifid II parvient à diminuer cela, tant mieux ! On peut cependant en douter. Car il y une propension depuis des années, pour les banques en particulier, à réduire leurs propres capacités de recherche. L’analyse primaire d’actions s’est atténuée de façon générale, pour des raisons de coûts justement. Or la séparation des coûts de recherche risque de renforcer ce phénomène. Les sociétés de gestion sont désormais tenues de payer directement pour la recherche qu’elles obtiennent plutôt que d’intégrer ces coûts dans les commissions de transaction et d’exécution. Ce découplage s’applique aussi aux sociétés de conseil qui couvrent leurs frais de recherche avec des commissions. Pas de quoi favoriser celle-ci!



 
 
 

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