Un axe de mutation du numérique: la sur-traitance

mercredi, 03.01.2018

Xavier Comtesse, mathématicien, digital shapers

L’illustration la plus immédiate du procédé de réorchestration de l’économie mondiale en sur-traitance est donnée par les GAFA, et leurs plateformes. Ces dernières sont directement articulées sur les utilisateurs finaux et sont capables de redéfinir la répartition des marges tout au long de la chaîne de la valeur quitte par la suite à s’en réserver la meilleure part.

A l’instar de ce qu’ont fait les GAFA, la sur-traitance concerne le positionnement d’une entreprise au cœur même de l’écosystème qu’elle a su créer mais n’est plus aujourd’hui limitée à cela.

Uber pour les taxis ou Watson pour la santé ouvrent en effet la voie à la captation des marges de segments classiques de l’activité économique.

La sur-traitance a déjà commencé à réorganiser des pans entiers de l’économie: c’est ainsi le cas de la téléphonie, des médias, du marketing et du commerce, et bientôt de la santé (Digital Health), de l’espace domestique (domotique), de l’usine et de la production (Industrie 4.0), etc.

De sous-traitant à sur-traitant

Grande nouveauté économique de cette dernière décennie, la sur-traitance crée de fait une forte dépendance pour les autres acteurs, à l’exception sans doute du consom’acteur toujours très actif et qui a toujours eu le choix de changer de plateforme et use de plus en plus de ce droit. Aujourd’hui, des centaines de milliers d’entreprises sont devenues largement dépendantes de leurs sur-traitants et travaillent pour créer des «Apps» vendues sur les plateformes tels qu’Amazon, Alibaba, Wechat, Apple, Google ou Samsung.

Ces entreprises sont, elles, toutes des «sur-traitantes» du e-commerce via les applications qui y sont liées. Le consom’acteur en changeant de plateformes envoie un message fort de son libre choix.

On n’est plus sur l’ancien mode économique où certaines formes de dépendance pouvaient être imposées par les réseaux de distribution ou les grands producteurs aux entreprises de sous-traitantes.

Les «Fintechs», par exemple vont affronter la banque traditionnelle. Ils étaient sous-traitants jusqu’à présent et ont désormais la possibilité de «redesigner» le secteur financier à leur avantage en se mettant en position de sur-traitant.

La valorisation des avoirs jusqu’à aujourd’hui détenus/répartis par le système financier tel que nous le connaissons (banque, poste, assurance) rendait la chose incontournable pour le négoce, le commerce, la capitalisation boursière, les prêts aux entreprises et aux particuliers comme à la consommation, etc.

A présent, en rapprochant les demandeurs et les détenteurs de ressources, les plateformes digitales commencent à investir tous les champs possibles du système financier. De nouvelles plateformes de prêts entre particuliers ou bien entre PME s’organisent.

Rien d’étonnant dès lors à ce que les «Fintechs» aient la prétention d’être des sur-traitants. Qu’adviendra-t-il alors des banques traditionnelles? Il en sera sans doute de même dans d’autres secteurs économiques comme par exemple la santé ou l’industrie 4.0. La lutte pour la domination économique s’ouvre.

La réorchestration apparaît donc comme l’enjeu clé de la décennie à venir, et ceci quel que soit le secteur économique!



 
 
 
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