Vers un «Grounding» du système de santé suisse?

mercredi, 06.12.2017

Xavier Comtesse*

La semaine dernière, un article de la NZZ a fait sensation en Suisse allemande. Daniel Scheidegger, président de l’Académie de médecine y était interrogé. Il annonçait ainsi froidement que 20% des interventions médicales étaient inutiles en Suisse. Cet interview a passé quasiment inaperçu en Romandie. Retour sur l’info.

Daniel Scheidegger est médecin. Il a fait sa carrière à Bâle. Il a aussi beaucoup contribué au système de milice de la science suisse en siégeant une dizaine d’année au Fond national de la recherche scientifique. Aujourd’hui en tant que président de l’Académie de médecine, il fait autorité. Alors, lorsqu’il affirme que 20% des actes médicaux (donc des coûts) sont inutiles cela fait grand bruit. Il développe sa thèse en accusant directement le système de santé de procéder à des opérations inutiles notamment ceux concernant le genou ou le dos. C’est grave. Le système profite d’une incrédulité des patients pour s’enrichir. C’est inacceptable.

Avec les fortes augmentations annuelles des primes d’assurance, la population est mise à rude contribution et commence à se révolter. Pour preuve, la manifestation des 600 femmes de Genève. 

Patrizia Léoz et Joëlle Combremont, deux amies et mères de famille ayant chacune deux enfants, sont entrées dans une colère noire en constatant que les primes maladie allaient une fois de plus augmenter. Elles ont convoqué sur Facebook une manifestation. Bien qu’elles n’aient aucun passé politique, ni lien particulier avec un parti, leur démonstration a marché. Depuis, le monde politique s’est emparé de la thématique à Berne comme dans les Cantons. Les propositions fusent dans un désordre politique indescriptible. Et pourtant, aucune d’entre elles ne va réduire sensiblement les coûts. Mais la prise de conscience est là. Le monde politique se profile dans la bataille.

Donc toujours pour information, seul deux mesures seraient selon les experts efficaces:

D’abord la suppression des actes médicaux inutiles réduirait les coûts d’environ 20%. Mais on ne pourrait dans ce cas guère compter sur une responsabilité volontaire du corps médical puisqu’il ne le fait pas aujourd’hui donc il faudrait mettre en place un système coercitif à l’acte inutile?

Ensuite une mesure autoritaire mais plus simple à exécuter via une loi qui consisterait à plafonner le personnel voir à le diminuer. Cette proposition aurait l’avantage de réduire automatiquement les coûts. Plus de productivité et plus de technologie permettraient de passer à un système moins coûteux sans encombre.

C’est évidemment ces deux propositions que devraient retenir les responsables politiques comme Alain Berset, Mauro Poggia ou encore Pierre-Yves Maillard. Car ils sont tous, en principe, en charge de réduire les coûts de la santé! 

Mais il faudrait pour cela qu’ils fassent preuve d’une véritable hargne politique car les résistances aux changements sont nombreuses. 

On peut donc douter, aujourd’hui, qu’une telle démarche aboutisse. Il faudra donc attendre encore d’autres manifestations citoyennes avant de voir les choses bouger. Malheureusement!

*Mathématicien, digital shaper 


 

 
 

 
 
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