Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait

mardi, 05.12.2017

Nicolas Durand*

A toi Mark Twain, le génial littérateur et l’humoriste de talent... tu avais tout pour devenir un brillant capitaine d’industrie.

Tu sais. Etre CEO d’une start-up high-tech, ce n’est pas un concours de popularité... Et pourtant! Dans notre système actuel, c’est bel et bien une question de survie pour la jeune pousse qui doit absolument se mettre en avant pour obtenir quelques financements, partenariats, clients et visibilité médiatique.

Tu vois. Il semblerait que ce ne soit pas uniquement les «meilleurs projets» qui trouvent du financement mais plutôt ceux qui sont «les mieux portés», c’est à dire ceux dont la visibilité et la crédibilité sont maximisées.

J’adorerais avoir ton talent littéraire ... pour dire avec fougue et peut-être avec l’arrogance de ma jeunesse  pour présenter mon entreprise sous son meilleur jour. Exprimer ma vision, mon envie de changer le monde, d’aller au bout de mes rêves, jusqu’à peut-être promettre la lune!

Toujours avec l’objectif de maximiser l’impact sur le public, essayer de convaincre, d’ouvrir des portes, d’avancer. Mais en Suisse, la confiance en soi, pour peu qu’elle soit affirmée, va rapidement être interprétée comme de la vantardise ou même de l’arrogance. Cette arrogance perçue, n’est pourtant, bien souvent, ni intentionnelle, ni réelle.

Il te faut bien considérer qu’une majorité des start-up high-tech de notre pays sont issues des écoles polytechniques, des universités, ou des hautes écoles. Les fondateurs sont de fait souvent de jeunes et naïfs entrepreneurs. Ils sont donc évidemment perçus comme arrogants par des interlocuteurs plus âgés qui se voient expliquer comment faire.

Finalement, n’est-ce pas effectivement une forme d’arrogance lorsqu’une personne inexpérimentée et sans moyen te démontre comment développer plus rapidement un produit (ou un service) meilleur que celui d’une grande entreprise? Grande entreprise qui a, à la fois, l’expérience, l’expertise et les ressources... Arrogance de business plans irréalisables mais qui ne seraient tout simplement pas financés s’ils l’étaient.

Mais voilà, l’entrepreneur que je suis, a, par définition, la certitude d’être capable de le faire, d’y arriver. J’ai également cette tendance à minimiser l’impact en cas d’échec. N’oublie pas qu’aujourd’hui un entrepreneur, dont l’entreprise en Suisse fait faillite, aura peut-être des dettes personnelles, aura sans doute payé des impôts sur une fortune virtuelle pendant des années pour rien, n’aura aucun droit au chômage, et aura certainement une étiquette de «looser» sur le marché du travail.

L’entrepreneur que je suis prend des risques insensés, je me dois donc de conserver cette confiance en moi  hors norme tout au long de l’aventure.

Le déploiement de ma société n’est pas un long fleuve tranquille mais plutôt un «grand huit» émotionnel et quotidien, d’où le sentiment légitime de devoir obtenir un peu de reconnaissance pour cette prise de risques et pour chaque succès durement acquis.

Pour mémoire je vais peut-être sacrifier ma santé, qui sait ma famille et mes amis, et que j’ai sentiment que l’immense masse de travail accomplie, les heures de travail supplémentaires que je ne compte plus, les déplacements à l’étranger dans des conditions inconfortables et j’en passe, ne sont souvent pas reconnus.

Néanmoins, je dois de tout faire pour réaliser ma vision. Je le fais pour mon entreprise, mes salariés et mes actionnaires. Mais pour y arriver, je dois prendre des décisions tranchées et accepter d’être responsable des erreurs commises si les choses tournent mal. Tant que l’éthique et le respect sont au rendez-vous, les collaborateurs apprécient les entreprises dirigées par un leader avec des convictions et des principes. Et alors, l’arrogant devient visionnaire et moi un «despote éclairé» qui se distingue par sa fermeté dans les décisions prises et la réalisation de sa vision.

En conclusion, Mark ... je ne suis pas un arrogant mais seulement un innocent qui voyage pour le bien de la collectivité.

Post scriptum. Au fait Mark, aujourd’hui mon entreprise a sept ans, et n’est plus une start-up mais une scale-up. Te dire cela n’est pas de l’arrogance mais seulement de la fierté!

*Chief executive officer Abionic


 

 
 

 
 
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