Souffrance animale: foie gras sur ordonnance

lundi, 04.12.2017

Jacques Neirynck*

Une nouvelle campagne est lancée contre le foie gras. Motif: le respect dû aux oies et aux canards qui souffrent d’être gavés. En se préoccupant de la souffrance des animaux, l’opinion publique s’immunise contre celle des êtres humains. Si l’on est pointilleux à ce point, cela laisse entendre que l’on a déjà fait tout son devoir pour les êtres humains, que presque plus personne ne se noie en Méditerranée et que nos chers réfugiés politiques vivent dans le confort et le luxe.

L’argument de la santé est maintenant abandonné. Contrairement à tout ce que l’on a toujours dit, non seulement ce corps éminemment saturé de graisses animales n’est pas mauvais pour le cœur. En fait il le protège, il est même indispensable à son bon fonctionnement. 

Le plus faible taux de mortalité

La théorie classique des rabat-joie prescrit d’austères régimes: pas de sel, pas d’alcool, pas de tabac et surtout pas de graisses animales qui engendrent le cholestérol. Or le foie gras ne contient pas moins de 87% en moyenne de ces célèbres acides gras saturés, promoteurs de décès prématurés. Dans une certaine logique puritaine, cela va de soi: tout ce qui fait plaisir doit nécessairement être nuisible pour la santé; la seule façon de vivre longuement est de s’organiser une vie contrariée.

Or, les statistiques sont là pour démentir ce discours sinistre. Sur 100.000 Américains, privés de vin et de foie gras, il en meurt chaque année 315 d’une crise cardiaque, tandis que dans les mêmes conditions il ne meurt que 145 Français, malgré les abus de table dont ils sont coutumiers. 

Mieux encore, à Toulouse, patrie du cassoulet au confit d’oie, vachement gras, il n’en meurt plus que 80 et, dans les départements du Gers et du Lot, patries du foie gras, producteurs et consommateurs fanatiques de ce produit, la population a le plus faible taux de mortalité par maladies cardiaques de toute la France. 

On ne sait pas très bien pourquoi, mais c’est un fait établi par les statistiques: manger du foie gras protège le cœur.

Les spécialistes de la diététique sont bien ennuyés. Leur théorie classique des corps gras en prend un fameux coup. Ils se rabattent alors sur la thèse psy: les mangeurs de foie gras, selon eux, seraient complètement saturés de cholestérol, mais ils n’en mourraient pas parce qu’ils ne sont pas stressés, parce qu’ils passent de longs moments à table dans la joie et dans l’amitié. En somme, ce sont des malades qui trichent avec la médecine et qui s’obstinent à vivre contre toutes les règles normales.

Bien manger et vivre longuement

Peu importe les raisons, bonnes ou mauvaises, des mangeurs de foie gras. Mieux vaut bien manger et vivre longuement plutôt que de se priver et de mourir prématurément. Le foie gras devrait désormais être considéré comme un médicament, prescrit à titre préventif par le médecin de famille et remboursé intégralement par la caisse maladie. Le foie gras ne serait plus vendu qu’en pharmacie, là où il sera sacralisé aux yeux des consommateurs. Il sera interdit de le vendre ailleurs. 

En annonçant leur intention de ne plus vendre de foie gras, la grande distribution suisse des coopératives vertueuses a sagement anticipé un règlement qui finira par s’imposer. Un médicament vendu en grande surface, cela ne fait vraiment pas sérieux.

*Professeur honoraire EPFL


 

 
 

 
 
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