Equilibre entre intérêts de l’agriculture et de l’industrie

lundi, 04.12.2017

Bernard Rüeger*

Bernard Rüeger.

La politique agricole suisse fait l’objet d’un vif débat, deux mois seulement après l’acceptation du contre-projet à l’initiative «sécurité alimentaire» par le peuple. Plusieurs initiatives sont en cours de traitement au Parlement, dont l’une dite «souveraineté alimentaire» sera débattue au Conseil national ce mardi. Avec, en toile de fond, la Vision d’ensemble du développement de la politique agricole à moyen terme (PA22+) présentée par le Conseil fédéral début novembre, dont l’objectif prioritaire est d’augmenter la compétitivité de l’ensemble du secteur agroalimentaire. La consultation sera lancée l’an prochain.

Je suis conscient des défis auxquels les milieux agricoles sont confrontés en raison de l’âpre concurrence internationale et des spécificités suisses, notamment des surfaces d’exploitation de petite taille. En tant qu’industriel, je fais moi aussi face à la concurrence étrangère au quotidien. Je tiens toutefois à souligner que les débats en cours et à venir concernent de fait l’ensemble de l’économie, et notre industrie d’exportation en particulier. Les produits agricoles suisses bénéficient d’une protection face à la concurrence étrangère moyennant des barrières douanières très élevées en comparaison avec d’autres pays de l’OCDE. Cela pose d’importants problèmes pour conclure de nouveaux accords de libre-échange, comme en témoignent les négociations en cours pour l’accès au marché sud-américain (Mercosur).

Lorsque la Suisse veut faciliter l’exportation de montres, de médicaments ou de biens industriels, nos interlocuteurs attendent un accès au marché suisse équivalent à celui qu’ils sont disposés à consentir. En l’occurrence, à exporter plus facilement vers la Suisse leurs produits, notamment agricoles. Faute de pouvoir faire des concessions côté helvétique, l’accord n’aboutit pas. Les premiers à en faire les frais sont les exportateurs, dont l’importance en termes d’emplois en Suisse et de recettes fiscales est pourtant reconnue. Aussi serait-il souhaitable de baisser partiellement la protection douanière, avec des mesures d’accompagnement à définir.

Viser une protection encore plus significative que l’actuelle - comme l’exige l’initiative «souveraineté alimentaire» - ferait augmenter les prix des matières premières agricoles et des denrées alimentaires. Cela pèserait non seulement sur la compétitivité de l’industrie agroalimentaire et de la restauration, mais aussi sur les ménages.

Il importe de renouer le dialogue dans notre pays, de pouvoir rappeler les implications pour l’ensemble de l’économie sans être immédiatement taxé d’ultra-libéral ou d’ennemi des paysans. Il ne s’agit pas de démanteler l’agriculture, dont je reconnais l’importance aussi bien en termes de production de biens de très haute qualité que de préservation du paysage, mais de trouver un juste équilibre dans l’intérêt de tous les secteurs économiques et de la population.

*Vice-président d’Economiesuisse


 

 
 

 
 
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