Cinq bonnes raisons pour croire en un véhicule électrique Swissmade

vendredi, 01.12.2017

Antoine Lorotte, CEO et fondateur FiveCo

Alors que le modèle 3 de Tesla n’est toujours pas sorti, que le cours de bourse de la marque est passé de 385 dollars le 18 septembre à 315,05 dollars le 20 novembre et que Bob Lutz, une sommité du monde automobile, annonce la faillite Tesla, Elon Musk ne s’est pas démonté et vient d’annoncer coup sur coup le lancement d’un camion électrique et d’un roadster. Pendant que l’entreprise américaine tente de faire avancer la cause des véhicules électriques et que certaines marques européennes et asiatiques ont industrialisé des modèles, notre pays, lui, semble regarder passer sous son nez cette innovation qui risque d’améliorer sensiblement notre avenir. Pourtant, il est plus que jamais urgent de s’interroger sur l’avenir du véhicule électrique Swissmade. Voici cinq bonnes raisons de croire en sa possibilité.

1. Leader mondial

en «innovations»

Si Tesla s’est installé au coeur de la Silicon Valley ce n’est pas sans raison. Pour qu’un tel projet voit le jour il faut un environnement propice qui permette de fertiliser les idées et la créativité en germe dans le cerveau des meilleurs ingénieurs. Sans ce vivier et la saine émulation qui en sort, on imagine mal comment ce saut technologique pourrait être entrepris. De ce point de vue la Suisse n’a rien à envier à la terre fertile californienne: ne sommes-nous pas régulièrement classés parmi les pays les plus innovants du monde?

Ainsi dans son classement 2017, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) a élu la Suisse comme étant le pays le plus innovant du monde. Titre confirmé par l’Office Européen des Brevets (OEB) qui, lui, nous a nommé champion du monde 2017 du dépôt de brevet par habitant. Pour parfaire le tableau, on ajoutera à cette culture de l’innovation, des écoles prestigieuses telles que l’EPFL ou l’ETHZ pour l’ingénierie et l’Université de St-Gall pour le commerce et l’économie. Deux des piliers essentiels pour renouveler les générations d’innovateurs qui se succèdent dans notre pays et qui enrichiront les forces vives qui pensent le véhicule électrique. Enfin, selon le World Talent Ranking de l’IMD, notre pays est le champion de l’attractivité des talents 2017.

2. Aller au bout du rêve

de Nicolas Hayek

Si l’environnement est essentiel, il n’est rien sans les individualités qui peuvent en émerger. Et de ce point de vue, notre pays a été gâté. On pensera à Bucherer, Bloch, Schindler, Pugin, Kudelski... mais surtout dans le secteur de l’industrie automobile, à Nicolas Hayek. Le génial inventeur de la Smart avait un rêve. Il est parti de zéro pour développer l’intégralité de ce projet pharaonique du plus petit véhicule motorisé urbain.

Ce rêve était emprunt de valeurs: adaptation aux problèmes liés à la conduite urbaine et amélioration de l’expérience conducteur, respect de l’environnement... Rappelons au passage que Nicolas Hayek voulait faire un véhicule populaire et accessible à tous... De ce point de vue, son rêve n’est pas allé jusqu’au bout. Pourquoi ne pas le reprendre alors?

3. La maîtrise des

composants stratégiques

Parmi les composants de la voiture électrique, on compte plusieurs pièces essentielles: le contrôleur moteur, le moteur, le châssis-amortisseur et bien évidemment la batterie. Cette dernière est aujourd’hui le composant le plus stratégique et le plus onéreux. Les défis à relever sont nombreux: le recyclage, le temps de charge rapide, le faible encombrement (poids), le stockage d’énergie, la sensibilité à l’environnement, la sécurité et le coût de production.

Notre pays possède des atouts en matière d’innovation et de R&D au sujet des batteries. J’ai moi-même avec mes équipes travaillé sur le développement d’un gestionnaire de batteries qui a permis d’optimiser la consommation d’un véhicule de course Nissan au 24 heures du Mans. Des entreprises telles que Bellenos Clean Power (Swatch Group), ou Renata sont à la pointe sur le sujet. L’ETH de Zürich et l’Institut Paul-Scherrer ont également collaboré pour mettre au point un procédé qui permettrait d’augmenter de 30 à 50% la performance des traditionnels accumulateurs lithium-ion.

4. La culture

du véhicule d’exception

Nous avons déjà évoqué la Smart qui était à sa manière un véhicule exceptionnel.

Souvenons-nous également de la prestigieuse marque Monteverdi. On est ici en présence de deux «modèles extrêmes» du savoir-faire suisse en matière d’industrie automobile.

Nous pensons que si une nouvelle marque devait voir le jour pour lancer le véhicule électrique, il faudrait qu’elle aille également dans cette direction de la recherche de l’exception. Par son design, par ses capacités technologiques et par son accessibilité, ce véhicule devra être à l’image de la culture industrielle suisse qui a toujours su susciter le respect et l’admiration dans le monde entier.

5. La capacité

d’investir

Dans son ouvrage From Zero to One, Peter Thiel félicite son ami Elon Musk pour avoir su aller chercher des aides d’état là où elles se trouvaient au moment où il en avait le plus besoin.

Beaucoup disent que Tesla ne serait jamais arrivé où elle en est sans les subventions et certains vont jusqu’à soutenir que si la société n’est pas actuellement dans sa meilleure forme, c’est qu’elle a épuisé ses subsides. Faisons confiance aux nombreux investisseurs de notre pays pour ne jamais arriver à ce genre de situation qui est le propre de l’utilisation de l’argent public. Nous avons suffisamment de fonds et d’investisseurs privés. Ils sauront rester proches des industriels pour accompagner le projet dans la bonne direction et les aider à effectuer les bons choix, tout en leur laissant la liberté nécessaire à la créativité, mais en les mettant également devant leurs responsabilités.

Si ce véhicule électrique Swissmade venait à voir le jour, ne doutons pas que les automobilistes suisses constitueraient à eux seuls un intéressant premier marché: rappelons que notre pays est, après la Norvège, le pays d’Europe qui compte le plus de voitures électriques et hybrides en circulation.

Mais ne doutons pas un seul instant qu’un tel véhicule s’exporterait sans le moindre souci.

Sachant que nous nous trouvons sur un segment de marché innovant où la technologie doit encore faire ses preuves pour convaincre, la Suisse part avec un avantage: la fiabilité de sa technologie la précède.

Mais pour cela, il faudra valoriser sur notre territoire les techniques de production qui se trouvent toutes en notre possession. Il faudra également que tous les acteurs concernés réussissent à travailler ensemble autour d’un même projet.

Alors, à partir du moment où ces deux conditions sont remplies, tout est permis et nous pourrons même pousser l’ambition jusqu’au lancement un véhicule autonome.

Qu’attendons-nous pour monter dans le train de la voiture électrique?


 

 
 

 
 
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