Les enfants des entrepreneurs

jeudi, 30.11.2017

Céline Renaud*

Quinze heures zéro zéro, j’attrape ma fille de cinq ans à la sortie de l’école et je «l’empile» à côté de mon matériel. Pourvu que j’aie bien attaché ces deux valises rouges avec mon ampli et lecteur CD à côté d’elle pour ne pas qu’elles lui glissent dessus dans le prochain virage. Tout est millimétré, à sa place et merci au garagiste qui m’a trouvé une voiture avec un coffre assez large pour accueillir nos célèbres Soundboards.

Nous sommes en route pour Berne pour déposer ma fille chez ma mère puis direction Zürich, où je donne une conférence «Dégustation de son». Ah ce que j’aimais le temps où elle n’avait pas l’école et où l’on pouvait la prendre partout avec nous. Du haut de ses alors trois ou quatre ans, elle servait déjà l’apéro après une «Dégustation de son» ou organisait la garderie pour les enfants des parents qui assistaient au spectacle. Elle connaît également un bon nombre de nos détaillants. Elle aime particulièrement les magasins d’audio et de TV... pour pouvoir profiter de regarder un dessin animé pendant nos «trop longues» discussions.

Aujourd’hui, à cinq ans et dans la classe 2P selon la dernière révision du Canton de Vaud, c’est extrêmement compliqué d’avoir un congé exceptionnel de l’école pour nous accompagner de temps en temps pendant des voyages de plusieurs jours même si nos interlocuteurs sont très compréhensifs. Être entrepreneure avec un conjoint qui fait le «roadie,» cela complique la garde de notre enfant. Dans d’autres pays comme aux USA ou en Asie, c’est plus simple. Au lieu de se cacher derrière des lois ou donner des instructions strictes que l’absence n’est pas tolérée, on encourage même les parents à voyager avec leurs enfants, alors qu’ici dans le Canton de Vaud et en Suisse, à vouloir trop bien faire, on a fini par empêcher ces voyages si bénéfiques. Tandis que c’est en nous accompagnant qu’elle apprend les langues, les cultures différentes, les bonnes manières, le travail et les horaires impossibles. Pour elle, ses vacances se passent entre les places de jeux des grandes villes, où se trouvent nos détaillants, nos prospects et nos lieux pour les «Dégustations de son». En 15 jours en Asie, elle a eu l’honneur de boire un sirop à l’Ambassade suisse à Pékin, et au Japon, elle s’est vite mise à parler la langue nippone pour communiquer avec les autres enfants ou les réceptionnistes de l’hôtel. Quelques semaines plus tard, elle a salué en le reconnaissant l’ambassadeur suisse en Chine Jean-Jacques de Dardel en visite à la Vallée de Joux avec des investisseurs avec un joyeux: «Oh, tu m’as manqué! C’était bien chez toi!». Elle profite aussi pour la géographie suisse, car en roulant sur nos autoroutes, elle connait la majorité des sorties pour aller chez nos revendeurs. À quand une école plus souple où l’entrepreneuriat fait partie de la base de l’apprentissage? Je rêve de pouvoir lui apprendre les bases du métier et la sensibiliser plus encore à tous ces aspects…

Voyager avec notre fille pendant les vacances scolaires ou pour une journée en Suisse, cela va encore. Par contre, quand nous étions à Dubaï au printemps de cette année, c’était beaucoup plus compliqué. Malheureusement, il nous est impossible de placer nos nombreux rendez-vous comme celui-ci pendant les vacances scolaires. Heureusement, un large réseau de soutien s’est mis en place depuis sa naissance. Et pour être bien organisés et se décharger du souci, nous avions préparé un tableau Excel pour savoir chez qui elle dormait et mangeait et quand, qui l’emmènerait à l’école ou irait la chercher à la crèche. Ce tableau, nous l’avons distribué à tous les intervenants ainsi qu’à la maîtresse et au chauffeur de bus. Il contenait même une ligne pour savoir où était Lulu, son doudou, qu’elle ne pouvait pas emmener l’école! A l’unité d’accueil pour écoliers (UAPE) ou d’ailleurs à la crèche avant d’être scolarisée, elle a une vingtaine de personnes de contact autorisées à aller la chercher, du jamais vu! Si en Afrique on dit qu’il faut un village pour élever un enfant, dans mon cas, en tant qu’entrepreneure, c’est toute une vallée qui s’occupe d’elle!

*CEO et fondatrice JMC Lutherie 


 

 
 

 
 
agefi_2017-11-30_jeu_02



...