Glyphosate en agriculture: l’important c’est la dose

jeudi, 30.11.2017

Philippe Herminjard*

Le désherbant le plus mondialisé est autorisé pour cinq ans supplémentaires en Europe, la Suisse doit-elle suivre?

Depuis 2015, nous assistons à une campagne médiatique sans précédent pour faire interdire le glyphosate, le désherbant le plus utilisé au monde. Tout est parti des conclusions d’une étude d’un organe intergouvernemental qui l’a classé comme produit «probablement cancérogène» au moment où l’Union européenne (UE) s’apprêtait à prolonger temporairement la licence de commercialisation. 

Précisons que d’autres organisations, tout aussi sérieuses, n’arrivent pas à cette conclusion.

Déjà interdit dans plusieurs communes

Le produit est utilisé pour désherber les surfaces publiques, les jardins privés et dans l’agriculture. Ces trois principales utilisations peuvent conduire à en retrouver des traces dans les cours d’eau, par effet de lessivage de l’herbicide. Certaines communes suisses ont déjà pris la décision de ne plus utiliser le glyphosate pour l’entretien des chemins, terrains de sport, aires de jeux et autres surfaces publiques. 

Pour le jardinier particulier qui en utilise autour de sa maison et dans son jardin, le prix est devenu tellement abordable depuis la sortie du glyphosate du monopole de Monsanto que les volumes répandus ont été décuplés.

On doit souligner que, pour l’agriculture suisse, l’usage du glyphosate est autorisé sous des conditions précises et que son utilisation est très restrictive. Pour les céréales, il est utilisé contre les adventices dans les procédés culturaux sans labour, préservant ainsi le sol et sa fertilité. 

Un emploi très limité

Par contre, l’application peu de temps avant récolte sur l’entier de la plante pour favoriser sa maturité n’a jamais été autorisée alors que c’est le cas à l’étranger. En viticulture ou en arboriculture fruitière, il n’est utilisé que sur des surfaces très restreintes sous le rang, voire plante par plante, un emploi donc très limité et sans commune mesure avec celui effectué dans l’UE ou dans le reste du monde!

En Suisse comme ailleurs, différents milieux exigent son retrait pur et simple du marché. Le Parlement s’en est saisi tandis que le Conseil fédéral, compte tenu des études contradictoires sur le plan sanitaire et de l’utilisation fortement raisonnée en agriculture, n’entend pas l’interdire pour le moment. 

Il a d’ailleurs été chargé par le Conseil national de rendre un rapport sur le sujet dont les résultats ne sont pas encore connus. En outre, deux études récentes portant sur l’analyse d’échantillons de produits alimentaires suisses et importés ont été menées. Si l’on ne détecte aucune présence de glyphosate dans les aliments élaborés à base de produits agricoles suisses, ce n’est pas le cas des aliments importés.

La Suisse est parfaitement légitimée à conserver sa politique actuelle et, plutôt qu’une interdiction généralisée à terme, il conviendra peut-être de traiter différemment les utilisations sur les aires publiques ou les jardins privés de celles de l’agriculture, qui reste très respectueuse de l’environnement. Ne pas aller dans ce sens conduirait à des solutions pires que le mal!

*Centre Patronal


 

 
 

 
 
agefi_2017-11-30_jeu_02



...