Il est minuit moins une, Dr Planète!

mercredi, 29.11.2017

Guy Mettan*

En fouillant dans mes archives, j’ai retrouvé une chronique sur le réchauffement climatique écrite il y a exactement dix ans dans ces mêmes colonnes. Je me moquais de la «climatomanie» qui agitait alors les médias. Aujourd’hui, après avoir, de mes propres yeux et par un enchaînement de circonstances, constaté les dégâts du réchauffement climatique aux quatre coins de la planète, je fais mon mea culpa, tellement je suis inquiet.

En avril, pour la première fois depuis quarante ans, je suis redescendu la Vallée Blanche à ski: j’en suis revenu épouvanté. Alors qu’il fallait dix minutes en 1977 pour rejoindre la gare de Montenvers, il faut presque deux heures aujourd’hui, dont 10 minutes de téléphérique! 200 mètres de glace ont disparu. Dans trente ans, le glacier aura disparu. Même constatation, en septembre, au glacier d’Aletsch, en regardant le niveau des anciennes moraines.

En été, ce fut une visite dans l’Arctique russe: la banquise a fondu, il fait 15 degrés en juillet, les cadavres de mammouths remontent à la surface à cause de la fonte du permafrost, les ours blancs ravagent les villages côtiers faute d’avoir leur lit de glace pour se reposer, les rennes sauvages meurent de faim par centaines de milliers parce que la pluie transformée en glace les empêche de gratter la neige pour brouter, et de gigantesques poches de gaz souterraines explosent à la surface des sols suite à leur dégel...

Un peu plus tard, visite sur les îles et les côtes vietnamiennes: typhons et inondations catastrophiques détruisent les cultures tandis que l’élévation du niveau de la mer ravage le delta du Mékong en provoquant des raz de marée d’eaux salées désastreux pour les rizières, menaçant la survie de dizaines de millions de personnes. Tout cela pendant que, de l’autre côté de la planète, un cyclone sans précédent ravageait les Antilles de Saint-Martin à Cuba et la Floride.

Tout ça, ce sont des faits, indéniables, visibles, documentés, irréfutables. Mais, curieusement, plus les phénomènes climatiques deviennent extrêmes et alarmants, moins on parle de leur cause, à savoir le réchauffement accéléré de la planète dû aux activités humaines. La dernière COP 23 à Bonn a eu droit à quelques colonnes dans nos journaux, dix fois moins que le prétendu hacking russe lors des élections américaines... Déni presque total, comme si le pressentiment d’une catastrophe qu’on sent désormais proche nous interdisait d’en parler.

Pourtant, les désastres ont déjà commencé à nous frapper de plein fouet; quand le Portugal, la Provence et la Californie brûlent, c’est bien à cause de la hausse des températures et de la sécheresse qui s’ensuit. Et sait-on que les fameux «printemps arabes», avant d’être des révoltes «démocratiques» instrumentalisées par les gouvernements européens, furent d’abord des émeutes de la faim provoquées par la hausse des prix des céréales, base de l’alimentation populaire, consécutive aux sécheresses sans précédent de l’année 2010 dans l’ensemble des pays céréaliers, Etats-Unis, Russie et Australie? Que les émeutes de Syrie faisaient suite à l’émigration vers les villes de centaines de milliers de paysans ruinés par cinq années de sécheresse? Que les progrès de Boko Aram dans le Sahel et les dizaines de milliers de réfugiés qui se pressent dans des embarcations de fortune pour traverser la Méditerranée fuient la faim et la désertification qui les frappent depuis des années?

Selon les derniers rapports du Haut-Commissariat aux Réfugiés et de l’Organisation internationale des Migrations, c’est entre 250 millions et un milliard et demi de personnes qui vont devoir émigrer d’ici 2035. C’est-à-dire demain. Faudra-t-il attendre que le Rhône, le Rhin et l’Aar soient à sec dès juillet pour réagir et rééquilibrer une croissance devenue insoutenable pour l’écosystème général de la planète?

*Directeur exécutif Club suisse de la presse


 

 
 

 
 
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