Une recette infaillible pour réduire les coûts de la santé

lundi, 27.11.2017

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck. Professeur honoraire EPFL.

Les nouvelles cotisations maladies sèment la panique. Les argentiers publics ne savent plus comment réaliser les nécessaires économies. Le financement de la Santé Publique leur apparaît comme la quadrature du cercle. Or, le conseiller d’Etat vaudois en charge prononça jadis des paroles énergiques, qui reviennent à l’ordre du jour: «Le problème avec les soins de santé, c’est qu’ils sont illimités. Toutes les femmes de plus de 60 ans peuvent ressentir la nécessité d’une opération de chirurgie esthétique.»

L’exemple est admirablement choisi. Tout le monde sait que les hommes, au delà de 60 ans, embellissent: leurs traits burinés, leurs tempes argentées témoignent de l’expérience qu’ils ont acquise dans la vie, tandis que la coupe de leur costume dénote la fortune qu’ils ont accumulée. Ils deviennent de plus en plus séduisants. Tandis que les femmes...

L’argent, ce sont les hommes qui le gagnent à la dure et les femmes qui le dépensent en opérations à but esthétique. Finie la chirurgie des peaux fripées.

Ce ne sont pas les hommes qui s’en plaindront: ils risqueront moins de se tromper.

Mais cela ne suffira pas à réaliser toutes les économies voulues. Dans le secret de la séance de commission, le conseiller d’Etat aurait évoqué la possibilité de ne plus faire de dialyses rénales après 75 ans. En entendant cette sentence, qui peut s’empêcher de sentir un petit pincement au cœur et de commencer un décompte à rebours: combien d’années me reste-t-il à vivre?

Et cependant les mâles paroles du conseiller d’Etat sont à méditer. Comme il le dit si bien: «On ne peut plus offrir aux Vaudois un système de soins luxueux». Et c’est bien un luxe de vivre au dépens d’un rein artificiel au delà de 75 ans. Ce n’est qu’un exemple.

On pourrait en trouver d’autres. A partir de 80 ans, on supprimerait les antibiotiques et à 90 ans on n’aurait plus droit qu’aux aspirines. Bref, non seulement, l’Etat économiserait en soins de santé, mais aussi les frais encourus pour l’AVS diminueraient.

On ne nous a que trop rebattus les oreilles avec le vieillissement de la population suisse et le déséquilibre des générations. Voici une méthode simple et non coûteuse de rétablir l’équilibre.

Bien entendu cela se fera dans la convivialité. Lorsque le malade du rein atteindra 75 ans, on ne lui annoncera pas la fin des soins par une circulaire administrative.

Au contraire, l’Etat organisera une petite verrée réunissant les médecins, les infirmières et le malade. Pour la semaine qui lui reste à vivre, on lui fera cadeau d’une Bible.

Cette méthode rejoint celle d’un illustre précurseur, Nicolas Ceaucescu, qui avait décidé de supprimer tous soins médicaux aux Roumains dès l’âge de 60 ans.

Sous le coup de cette loi, tout Roumain atteint de la soixantaine n’avait plus qu’une seule idée en tête: tuer Ceaucescu. Et ce qui devait arriver est arrivé. Ce grand prédécesseur est tombé sous les balles d’un peloton composé de sexagénaires qui visaient encore juste. C’est pour cela que l’âge limite serait fixé à 75 ans pour les Vaudois. A cet âge là, on tire moins juste et on se résigne plus facilement.

*Professeur honoraire EPFL


 

 
 

 
 
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