Sommes-nous capables d’anticiper l’ère numérique?

jeudi, 23.11.2017

Philippe G. Müller*

La numérisation est une réalité. Elle facilite notre quotidien et nous rend plus efficaces. La question n’est plus de savoir si la numérisation nous concerne, mais si nous sommes capables de bien anticiper les changements et de nous y adapter assez vite. 

Certains secteurs comme les médias ont déjà subi de plein fouet les effets de la numérisation. Les portails en ligne remplacent de plus en plus les médias imprimés, même si les éditeurs cherchent toujours comment faire payer les lecteurs pour ces contenus chers à produire.

Dans le commerce de détail, boutiques en ligne et magasins traditionnels se livrent une bataille acharnée pour gagner – ou conserver – des parts de marché. Le transport fait également face à de profonds bouleversements (avec l’arrivée des voitures autonomes), tandis que les grandes plateformes de réservation étrangères se révèlent à la fois une opportunité et une malédiction pour l’hôtellerie suisse.

On a déjà beaucoup débattu et écrit sur les conséquences qu’auront l’interconnexion et de l’automatisation croissantes sur les entreprises et leurs collaborateurs. Cependant, aucun effet significatif n’a encore été constaté au niveau macroéconomique. En particulier, il n’y pas encore eu de recul massif de l’emploi comme le redoutaient certains observateurs.

La croissance de la productivité dans les économies développées n’a pas non plus enregistré d’accélération sensible. Au contraire, les économistes s’interrogent sur les très faibles gains de productivité observés depuis quelques années. Et en Suisse, malgré le choc du franc fort, l’emploi n’a cessé de progresser ces dernières années.

La situation pourrait bien toutefois changer au cours des prochaines années. En effet, la numérisation et le vieillissement démographique devraient provoquer de grands changements structurels. D’une part, le numérique entraîne des mesures de rationalisation qui se traduisent par la disparition de nombreux métiers. Parallèlement, dans les dix prochaines années, plus de 1,1 million de Suisses prendront leur retraite.

La conjugaison de ces deux facteurs conduira à un transfert de l’emploi entre les secteurs. 

La numérisation va entraîner des changements considérables dans l’activité de nombreuses entreprises suisses, dont certaines devront entièrement repenser leur modèle d’affaires.

Dans le cadre d’une enquête réalisée pour la deuxième fois, UBS a interrogé 2500 entrepreneurs ou dirigeants d’entreprise sur les conséquences de la numérisation sur leur activité. Plus de 40% des répondants ont affirmé que la numérisation influait fortement ou très fortement sur leur activité, et exigeait des modifications importantes de leur modèle d’affaires. 

La plupart des entreprises considèrent donc les investissements dans la numérisation comme stratégiques. Près de 45% d’entre elles prévoient les augmenter au cours des cinq prochaines années.

La question n’est donc plus de savoir si la numérisation nous concerne, mais si les entreprises seront capables de faire face à ces changements et de réagir à temps. 

D’après l’enquête UBS, 87% des entreprises financent leurs investissements dans la numérisation uniquement avec leurs fonds propres, ce qui est révélateur de l’importance stratégique de ce processus. 2% seulement indiquent qu’elles ont recours uniquement à des capitaux externes.

L’enquête n’a pas confirmé la crainte que les entreprises aient plus de difficultés à obtenir des crédits de la part des banques pour des projets liés à la numérisation. Sur les 13% d’entreprises qui ont recours à des fonds de tiers en plus de leurs capitaux propres, les trois quarts n’ont pas plus de mal à emprunter pour des projets de numérisation que pour des investissements traditionnels de renouvellement ou d’expansion.

*Économiste responsable pour la Suisse romande CIO VM UBS


 

 
 

 
 
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