David contre Goliath

jeudi, 23.11.2017

Céline Renaud*

La Vallée de Joux, savez-vous vraiment où la placer sur une carte? Après une jolie «Dégustation de son» couronnée de succès à quelque part dans le canton de Vaud, plusieurs invités me posent la même question: «La Vallée de Joux, mais c’est loin! Est-ce que vous rentrez encore ce soir?». Comme si j’avais encore quatre heures de trajet alors que la Vallée de Joux se situe à 45 minutes de l’aéroport de Genève, 35 minutes de Lausanne et une heure de Berne. 

Oui, c’est vrai, JMC Lutherie est, comme toutes les autres entreprises qui travaillent dans le bois, bien sûr plus petite que nos grandes marques horlogères. Cela me fait penser à David et Goliath. Une petite PME telle que la nôtre doit innover pour arriver à se faire connaître avec un budget marketing et communication très limité. J’éprouve souvent des complexes par rapport aux grandes entreprises ou multinationales ou encore les licornes, ces start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars. Selon les statistiques du canton de Vaud, 98 % des entreprises sont des PME de moins de 50 employés dont plus de la moitié des emplois proviennent de ces structures. Pourtant, quand je rencontre par exemple nos autorités communales ou représentants des services économiques de notre région, je constate souvent qu’ils sont en admiration devant ces grandes entreprises et ne tiennent pas assez compte de toutes ces PME, voir les dévalorisent. Pourtant une diversification est nécessaire pour survivre à long terme, tout comme mentionné dans la stratégie de la législature 2016-2021. Si Goliath tombe ou s’en va, nous allons avoir un grand problème... JMC Lutherie est une microstructure avec six employés. Mais grâce à l’aide de notre grand réseau de plus de 100 partenaires en Suisse romande, nous pouvons ajouter un bon nombre d’emplois à notre structure. Avec des crises économiques et financières de plus en plus rapprochées, il est important et vital de rester flexible. Ainsi, le réseau de spécialistes est notre seule chance de survie. Si à nos débuts je rêvais d’une manufacture hébergeant les plus de 50 métiers autour de la lutherie, à l’instar des «Goliath», ces grandes manufactures horlogères, il est devenu clair que maintenir une petite structure est la solution.

De retour à mon métier, où nous sommes régulièrement sollicités pour animer des sorties annuelles de conseils communaux qui cherchent toujours une activité intéressante et liante. Après une «Dégustation de son» pour une commune d’un canton voisin, je déprime quand j’entends le discours du représentant de notre municipalité qui encense les grandes entreprises et ignore, voire dénigre nos PME. Nul n’est prophète en son pays! Pour faire passer la pilule, j’ouvre notre revue de presse où il y a en moyenne plus de deux articles par semaine dans les médias internationaux. Il y figure également les équipes des télévisions nationales que nous avons accueillies dans cette magnifique Forêt du Risoud. Cela me remonte le moral surtout en pensant aux nombreuses sollicitations pour des conférences dans lieux inimaginables comme à l’Opéra de Dubaï ou encore pour répondre à Urs Breiter, ambassadeur suisse aux Pays-Bas qui m’a mandatée pour animer sa soirée spéciale sur l’innovation suisse devant un parterre exclusif de 50 personnes dont 15 ambassadeurs, patrons de grands groupes, représentants des hautes institutions. 

Nous, petits «David», avons fait connaître l’épicéa de résonance de la forêt du Risoud vaudois dans le monde entier et nous avons accès à de prestigieux publics en véhiculant internationalement toutes ces valeurs. C’est finalement jouissif d’être un David pour qui tout est possible, avec flexibilité...

*CEO et fondatrice JMC Lutherie 


 

 
 

 
 
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