Baisser le budget des EPF: irresponsable et suicidaire

mardi, 21.11.2017

Fathi Derder

Les témoignages se succèdent dans «L’Agefi» depuis des semaines. Les entrepreneurs sont unanimes: la Suisse doit investir davantage dans la formation et la recherche. Peter Brabeck, Marc Bürki, ou Jean-Pascal Bobst aujourd’hui, tous font le même constat: la Suisse n’a pas le choix. Non seulement il faut augmenter les budgets de la recherche, mais on ne doit pas limiter leurs ressources financières, afin de garantir une stabilité des investissements.

Et pourtant, Berne prend la direction inverse. Pour le budget 2018, le Conseil fédéral a la «riche» idée de baisser les budgets de Ecoles polytechniques fédérales. On taille dans les navires amiraux de la science helvétique, dont le même Conseil fédéral est si fier quand ça l’arrange. On leur demande de former plus d’ingénieurs, dans de nouveaux domaines, on leur demande de trouver des réponses au défi énergétique, au tsunami numérique, ou aux pesticides, on leur demande de renouveler notre tissu économique, et d’être les meilleures du monde, et on… réduit leurs budgets. La raison? Il faut faire des économies. Parce que «tout le monde doit y passer», en gros.

Consternant. Mais c’est la direction que nous prenons. Il est temps que le Conseil fédéral et le Parlement comprennent que la formation n’est pas un domaine comme un autre: c’est un indispensable investissement dans l’avenir du pays. Dans ce monde numérisé, la puissance d’un pays dépendra de sa capacité à innover. Et donc, avant tout, de ses chercheurs. Et ce ne sont pas les chercheurs qui le disent, mais les patrons d’industrie. Une guerre économique a lieu, mais personne ne semble mesurer l’enjeu à Berne. Jean-Pascal Bobst s’inquiète: «Le monde politique ne prend pas le temps de comprendre ce qui se passe. J’ai envie de leur de dire: passez trois mois en Asie! Regardez la rapidité et la détermination avec laquelle ces gens travaillent! Ce sont nos concurrents. Il faut en prendre conscience et évoluer plus vite chez nous.» Une manière polie de dénoncer une déconnexion de la réalité. Et une lenteur coupable. Elus fédéraux, réveillez-vous.

La Suisse célèbre aujourd’hui la journée du digital. Dans une semaine, elle débat des budgets de la recherche. L’occasion, au delà des lieux communs, d’entendre ce message fondamental: si nous voulons une place industrielle forte, nous devons mieux écouter les entrepreneurs qui font la force et la prospérité de notre pays. Dans ce contexte, baisser les budgets de la recherche serait irresponsable et suicidaire.


 

 
 

 
 

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