La perception du cycle économique s’améliore

mercredi, 11.10.2017

La conjoncture s’améliore. La perception semble enfin s’aligner avec la réalité des chiffres.

Marie Owens Thomsen*

Depuis 2009 l’économie américaine est en croissance et l’économie européenne depuis 2013. Pourtant, la perception de cette croissance a longtemps été en décalage par rapport à la réalité, et les discours de part et d’autre ont continué à faire référence à la nécessité de «renouer avec la croissance» tandis qu’elle était déjà au rendez-vous. 

Pew Research Center mesure la perception, par les habitants, de l’état de l’économie dans un pays donné. Aux Etats-Unis, en Europe, et au Japon, la perception actuelle est positive, et même supérieure aux niveaux précédant  la crise de 2008. L’amélioration est la plus prononcée en Europe où le taux de ceux dont la perception de  la situation économique est positive est en hausse de 15 points de pourcentage, de 36% à 51% entre 2007 et 2017. 

L’opinion favorable de la conjoncture a grimpé de 13 points au Japon, de 28% à 41% sur la même période. Aux Etats-Unis, l’avancée se limite à huit points mais le niveau est plus élevé qu’en Europe et au Japon, à 58% actuellement. 

Dans les économies matures, 51% estiment, en moyenne, que leur pays va bien. La Pologne semble particulièrement touchée par une vague de positivisme, ayant bénéficié d’une amélioration de la perception de 26 points de pourcentage depuis 2015. Les Pays-Bas, l’Allemagne, et la Suède ont les taux les plus élevés, avec des populations qui trouvent la conjoncture bonne dans ces pays à hauteur de 84-87%. Parmi les pays émergents, seul l’Inde s’approche de cette vague d’optimisme, avec un taux de 83%. Par contre, parmi toute la population sondée, soit 34’788 personnes dans 32 pays de février à avril 2017, la majorité partage une vision plutôt négative de l’économie, et seulement 46% ont l’opinion inverse. Les deux pays où l’opinion s’est le plus dégradée sont l’Italie et l’Argentine qui ont cédé 18 et 15 points respectivement depuis 2015. 

Curieusement, les pays matures sont plus pessimistes en ce qui concerne l’avenir des générations futures et 58% de ces populations pensent que les jeunes vont vivre moins bien que les parents. Dans les pays émergents, une majorité, 56%, s’attendent à ce que leurs enfants soient plus aisés financièrement que les parents. Quand les réponses à cette question sont triées par âge, on découvre que la Suède est le pays où les jeunes sont les plus optimistes par rapport à leurs aînés: 63% des jeunes voient l’avenir en rose, tandis que seulement 37% des personnes âgées de 50 ans ou plus partagent cet avis. A l’autre bout du spectre, une minorité, 29% seulement, des jeunes Sud-Coréens sont confiants quant à l’avenir, un avis partagé avec une plus grande minorité de leurs parents, à 41%. 

Autre résultat intéressant est qu’en Grèce seul 2% estiment que la situation économique actuelle est bonne. Néanmoins, les grecques pensent, à hauteur de 21%, que la vie de leurs enfants s’annonce meilleure. Le Brésil est encore plus touché par cette dichotomie, avec 15% d’avis positif sur le présent mais 56% pensant que l’avenir sera plus radieux. On constate alors que la confiance dans l’avenir n’est pas forcément conditionnée par la perception de la situation actuelle. 

Outre la Grèce, les pays en Europe avec les taux d’opinion les plus négatifs sont la Hongrie (56%), l’Espagne (71%), la France (78%), et l’Italie (83%). Pourtant, la Hongrie a vu son PIB (Produit Intérieur Brut) croître de 3.2% au cours du deuxième trimestre 2017, et le taux de croissance en Espagne a atteint 3.1%. L’opinion en berne en France et en Italie peut d’avantage se comprendre car les taux de croissance se limitaient à 1.8% et 1.5% respectivement, bien qu’il s’agisse des taux les plus forts depuis 2011. 

Cette revue de la perception montre toujours et encore les périls de la perception. Elle les montre d’autant plus par le fait que les personnes les plus positives dans la majeure partie des pays sondés sont celles ayant la même orientation politique que le parti au pouvoir. La différence de la perception entre gauche et droite va jusqu’à presque 40 points de plus d’optimisme parmi ceux ayant voté pour le gouvernement que parmi les opposants. «Mon parti est au pouvoir, et donc je suppose que l’économie va bien» est une analyse macro-économique quelque peu abrégée. Les Sud-Coréens sont les plus partisans quand il s’agit de juger l’économie nationale, tandis que les Israéliens et les Vénézuéliens sont les plus divisés. 

Chez les Américains, on aurait pu ne pas remarquer la tendance car quasiment le même taux de républicains et de démocrates jugent la conjoncture actuelle satisfaisante. Mais cela cache le fait que, parmi les républicains sondés, le taux a doublé depuis que le parti est entré au pouvoir, et ce malgré le fait que la croissance du PIB n’ait guère accélérée. 

Que la perception de la conjoncture semble s’aligner d’avantage avec sa mesure statistique réel est en soit une bonne nouvelle. Que la perception soit d’avantage déterminée par une plus grande prise de conscience des chiffres serait encore une bien meilleure nouvelle.

*Global Head of Investment Intelligence Indosuez Wealth Management


 

 
 

 
 
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