Trois scénarios d’évolution de la dette mondiale

mardi, 10.10.2017

L’endettement public est-il le prochain «cygne noir» de l’économie mondiale? Il ne cesse d’augmenter.

Burkhard Varnholt*

L’une des questions les plus fréquentes que posent les investisseurs est celle de savoir quel pourrait être le «scénario final» des dettes (publiques), qui ne cessent de croître à l’échelle mondiale. 

La plupart d’entre eux manifestent avec cette question un scepticisme latent à propos d’une possible «explosion» de ces dettes. L’endettement public est-il le prochain «cygne noir» de l’économie mondiale? 

Le poids de la dette extérieure

Avant de répondre à cette question, il convient de faire une distinction entre dette intérieure et dette extérieure. D’un point de vue historique, ce sont surtout les dettes extérieures qui sont préoccupantes, car il est rare que des États ne remboursent pas leur propre population. 

En effet, dans le cas des dettes intérieures, le principe appliqué est celui du transfert intergénérationnel: pour les besoins de la génération âgée, l’État emprunte auprès de la génération suivante. Comme c’est ce qu’il se passe au sein de chaque famille, ce phénomène ne devrait pas constituer une source d’inquiétude. 

Le Japon démontre depuis quarante ans que de telles dettes peuvent être financées pratiquement sans problème par la banque centrale du pays et par les propres institutions de prévoyance. 

La situation est plus épineuse lorsque des États présentent une forte dette extérieure. Dans le cas des États-Unis par exemple, 44% de la dette publique totale sont détenus par des étrangers, principalement par les banques centrales de la Chine et du Japon. Ces pays pourraient-ils un jour imposer une remise de dettes? C’est improbable, mais pas impossible. 

M’inspirant du western italien de Sergio Leone intitulé «Le Bon , la Brute et le Truand» (en anglais: «The Good, the Bad and the Ugly»), je réponds souvent en suggérant trois scénarios.

Le «bon» scénario décrit une progression durable de la croissance et des recettes fiscales, par exemple grâce aux nouvelles technologies, en combinaison avec des mesures budgétaires permettant de réduire l’ampleur de la dette. Très peu d’investisseurs estiment la probabilité de ce scénario à plus de 10%. C’est compréhensible. 

Le scénario de la remise de dettes

Le scénario «hideux» envisage une remise de dettes formelle. Invoquant des intérêts nationaux prépondérants et sa contribution historique à la prospérité mondiale, un grand pays comme les États-Unis pourrait imposer en théorie une remise de dettes en cas de situation extrême. À juste titre, cette éventualité semble elle aussi très peu probable à la plupart des investisseurs. 

C’est donc le «mauvais» scénario qui présente la plus forte probabilité. Il part du principe que les États surendettés poursuivront leur politique actuelle, à savoir la répression financière sous des formes diverses: redistribution insidieuse des épargnants vers les débiteurs par le biais de taux réels négatifs, placements forcés du secteur financier dans des emprunts souverains, augmentation des impôts et des taxes, allègement de la dette sans recourir au droit de nécessité. Voilà un scénario peu réjouissant, mais ce n’est pas un «cygne noir» pour autant. 

Enfin, il est utile de se rappeler l’ordre de grandeur du produit national brut mondial et de la somme de toutes les sources de financement. D’une part, d’après le Fonds monétaire international, le PNB mondial s’élève à quelque 78.000 milliards de dollars, ce qui équivaut à des parités économiques de 127.000 milliards.

D’autre part, on recense à l’échelle internationale (selon la Banque des règlements internationaux) des obligations d’un montant total de 150 000 milliards de dollars  (60.000 milliards d’obligations souveraines, 60.000 milliards d’obligations financières, 30.000 milliards d’obligations d’entreprise), ainsi que des crédits à hauteur de 76.000 milliards et un capital-actions de 70.000 milliards. 

La comparaison met deux choses en évidence. Premièrement, l’endettement au niveau mondial est certes élevé, mais il n’est aucunement disproportionné, ni sur le plan historique, ni au vu du niveau bas des taux d’intérêt. Deuxièmement, la proportion des actions est de nouveau relativement faible en comparaison historique puisqu’elle est inférieure à un tiers des marchés financiers mondiaux.

*CIO Swiss Universal Bank - Deputy Global CIO


 

 
 

 
 
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