Amorce de solutions pour juguler les coûts de la santé

lundi, 09.10.2017

Il faut que toutes les parties, soit les assurés, les caisses maladie et la politique, apportent leur contribution.

Olivier Parenteau*

En Suisse, les dépenses de santé moyennes, par habitant et par mois, sont passées de 300 francs en 1990 à 726 francs en 2014 selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Les chiffres tiennent compte à la fois des primes de caisse maladie et de la quote-part des assurés, ainsi que des autres dépenses pour prestations médicales, de même que des produits que les habitants doivent payer de leur poche.

Ces dépenses vont continuer d’augmenter à l’avenir, prévoient différentes études telles que l’évaluation récente de Willi Towers Watson. Selon cette étude, les coûts de santé vont augmenter en moyenne de 7,3% au niveau international et de 5,4%, respectivement de 5,0% au cours des deux prochaines années en Suisse. Les 231 caisses maladie consultées dans 79 pays indiquent le plus souvent une surconsommation de prestations médicales comme principale raison de la hausse continuelle des coûts.

Le terreau qui permet à l’explosion des coûts du système de santé de prospérer allègrement est un mélange composé de trois éléments. D’abord: l’évolution démographique. Plus les gens vieillissent, plus souvent nécessitent-ils des soins médicaux. Ensuite: la recherche et le développement de l’industrie pharmaceutique. Cette dernière fournit d’une part des traitements médicaux de plus en plus efficaces, mais d’autre part, elle occasionne aussi des coûts immenses que les assurés sont finalement obligés de supporter. Et finalement: le système de santé lui-même.

Il existerait pourtant des moyens et des méthodes permettant de faire baisser les coûts de santé. Mais cela nécessiterait que toutes les parties impliquées apportent leur contribution: les assurés, les caisses maladie et la politique. Pour responsabiliser davantage les assurés, il conviendrait d’augmenter la franchise minimale, qui est actuellement de 300 francs, en la plaçant à 500 francs, ce qui serait une mesure adaptée à la situation actuelle, car depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur les assurances maladie en 1996, la franchise minimale, qui était alors de 150 francs, n’a connu que deux ajustements, la dernière augmentation remontant à plus de dix ans. Une mesure allant dans le même sens serait l’augmentation de la quote-part, d’actuellement 10%, car nombreuses sont les consultations médicales qui ne sont pas vraiment nécessaires. Or, plus les coûts supportés par l’assuré concerné seraient élevés, plus il serait enclin à renoncer à se rendre chez le médecin, en cas de doute.

Il serait également possible d’éviter une surconsommation des prestations médicales si l’on faisait en sorte qu’un nombre plus important de questions mineures, par exemple l’établissement d’un certificat médical, les ordonnances pour les médicaments faisant l’objet d’une prise nécessaire régulière, ou bien la recommandation à un spécialiste, puissent être réglées par voie téléphonique avec la caisse maladie. Une autre solution tout aussi utile serait que les assurés misent davantage sur les modèles de prise en charge de type «gatekeeper» dans lesquels tous les traitements médicaux d’un patient sont gérés dans une seule structure de coordination, donc de manière plus efficace, en permettant d’éviter les consultations inutiles et en aidant en outre le patient à s’orienter dans une jungle médicale intimidante.

Il serait également judicieux de soumettre les hospitalisations souvent inutiles à un examen critique, car bien des traitements peuvent se faire aussi bien en ambulatoire, à frais nettement moindres. Il faut cependant noter qu’il est plutôt de l’intérêt des caisses maladie de faire en sorte que les patients se fassent soigner dans le cadre d’une hospitalisation étant donné que dans ces cas, le canton concerné prend une bonne part de la facture à son compte. Avec une participation cantonale aux soins ambulatoires du même ordre que pour les hospitalisations, il serait possible d’éliminer cette incitation inopportune.

En outre, une réduction, médicalement pertinente, du catalogue des prestations de l’assurance de base obligatoire contribuerait à une baisse des coûts dans le système de santé, par exemple dans le domaine controversé de la médecine alternative. Ici, il serait plus indiqué que chaque assuré puisse décider de son propre chef de quelles prestations homéopathiques il souhaite profiter et qu’il puisse alors les faire assurer individuellement dans le cadre des assurances complémentaires.

En somme, il existe indubitablement un certain nombre de leviers puissants pour faire baisser les coûts du système de santé et ce, dans chacun des trois camps, à savoir les payeurs de primes, les caisses maladie et le monde politique. Mais n’ajuster que çà et là un élément ne mène à rien. Seule une réforme conçue intelligemment sur ces trois plans pourra conduire à une diminution perceptible de la charge et freiner l’augmentation des primes qu’actuellement toutes les études voient venir inexorablement s’abattre sur les assurés. Il est toutefois hautement improbable que n’intervienne une baisse des primes de caisse maladie dans un avenir proche.

*Maklerzentrum Schweiz 


 

 
 

 
 
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