«Deux minutes trente-cinq de bonheur»

jeudi, 05.10.2017

Tout va plus vite à l’instar du titre de cette chanson de 1967. Mais même quelques minutes, c’est long.

Xavier Comtesse*

Metro-Goldwyn-Mayer et Universal Studios étaient habitués à produire de longs films comme Autant en emporte le vent ou Le fantôme de l’opéra et plus récemment 007 Spectre avec l’éternel James Bond ou encore La Momie. Mais Hollywood change de dimension. Le temps s’accélère. Plus que quelques minutes pour raconter une histoire. Tout devient formater par Youtube: deux minutes trente-cinq pour tout dire!

MGM va ainsi lancer une série de mini-épisodes de Stargate découpée en 120 clips vidéo accessibles seulement par internet. Le modèle économique derrière ce changement de paradigme est celui de la pub on-line pour laquelle il faut atteindre des millions de viewers à chaque coup si l’on veut gagner de l’argent.

Un modèle connu des Youtubeurs

Les «influenceurs» sur Youtube réalisent ce genre d’exploit depuis quelques années déjà. Un exemple relaté par David Delazyn, musicien et compositeur américain, est celui de la Youtubeuse Malu Trevejo pour laquelle il vient de produire une vidéo. Cinq millions de views en cinq jours. Incroyable! Sa chanson luna llena est typique de la modernité imposée par Internet, renchérit David rencontré dans ce bouillonnant écosystème Hollywoodien très avant-gardiste. 

Dorénavant, c’est comme cela que le business s’organise même pour les «Majors». Les clips font la loi. Stupéfiant! Imaginez-vous visionner vos prochains films en 120 mini-épisodes? Cela promet d’être de sacrées moments.

Il faudra cependant s’y habituer car le temps semble manquer dans cette société. Tout devient bref. Par exemple, 140 signes sur Twitter, c’est peu pour s’exprimer (même avec les 280 caractères projetés, c’est vraiment juste). Mais cela suffit amplement au président Trump pour gouverner. Alors, c’est à nous de faire un petit effort. Arrêtons d’être trop bavard. La norme sera l’Elevator Pitch. 30 secondes pour exprimer l’essentiel devant votre patron ou vos supérieurs rencontrés dans l’ascenseur. C’est tout. Pas une seconde de plus. Right to the point. Pas le temps pour des formules de politesse. On dit ce que l’on doit dire au plus vite. Pas de temps à perdre. Cela va être une société du vite fait.

Le progrès: agir et en vitesse

Cependant à y réfléchir un peu. Dans le vieux monde, on perdait souvent son temps. Tout traînait en longueur. Les queues à la Poste, la caissière de la Migros, les files d’attente aux télé-Verbier. Bref on passait plus de temps à attendre qu’à agir. Voilà donc le progrès annoncé: agir et si possible en vitesse. Regardez dans les transports publics, tout le monde est sur son écran de téléphone à pianoter. Pas de temps à perdre, il faut répondre aux sollicitations des notifications. On est en direct pour mieux vivre même si c’est souvent juste une impression.

Mais ce qu’il faut vraiment retenir, c’est le balancement de l’économie vers cette rapidité, cette intensité du moment. Tout l’économie va devoir plus ou moins s’adapter à ce phénomène. Les GAFAIM (Google, Apple, Facebook, Amazon, IBM, Microsoft) mènent le bal pour une économie du «very short term» en attendant les chinois qui iront encore plus vite. Cela va être difficile pour nous, suisses tellement habitués à la lenteur!

Deux minutes trente-cinq de bonheur, tel était le titre d’une chanson de Sylvie Vartan en 1967 pour signifier qu’écouter la voix de son amoureux chanter un tout petit morceau suffisait à son bonheur. On était déjà loin de la durée classique d’un opéra. Mais, pas sûr qu’à l’avenir cela fonctionnera... car quelques minutes, c’est long. Va falloir réduire encore. Soyez concis. SVP.


 

 
 

 
 
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