Il est temps de se pencher sur l’évolution de cette Europe de l’Est qu’on mésestime

mercredi, 04.10.2017

En dehors de l’Irlande, les pays dont la croissance est la plus élevée se trouvent à l’Est et ils bénéficient de climats davantage pro-business.

Marie Owens Thomsen, Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management

L’Europe de l’Est n’est habituellement pas la zone géographique au centre de toutes les conversations. La région a longtemps été pénalisée par son passé communiste qui a retardé son développement économique et institutionnel, et nous avons tendance à ne pas lui prêter beaucoup d’attention. Il s’y passe quand même des choses. Notons alors quelques-uns des progrès qui ont pu échapper à notre intérêt.

D’abord en terme de croissance du produit intérieur brut. En dehors de l’Irlande, les pays dont la croissance est la plus élevée se trouvent à l’Est. l’Irlande est une anomalie statistique, le pays bénéficiant d’un nombre important de sociétés multinationales ayant leur siège dans le pays sans pour autant y avoir une véritable activité économique mais impactant tout de même le PIB irlandais. Pour les pays de l’Europe de l’Est, le PIB s’élève entre 3% et 6% en évolution sur 12 mois. La Roumanie, par exemple, a enregistré un taux de croissance du PIB de 5.7% au deuxième trimestre 2017, et en République tchèque le taux a atteint 4.5% au même trimestre, comparé à 2.1% pour la zone euro, toujours pour le deuxième trimestre et en glissement annuel. Il n’est donc pas étonnant de trouver parmi les marchés boursiers des performances exceptionnelles en Europe de l’est, y compris le marché estonien, en hausse de 36% depuis le début de l’année.

Indicateur de compétitivité

Un bon indicateur de la compétitivité d’un pays est l’indice de la Banque mondiale appelé «Ease of Doing Business», ou dans sa traduction littérale la «facilité à réaliser  des affaires». L’indice fait abstraction des aspects démocratiques et sociaux, et mesure des facteurs comme le temps nécessaire pour former une société, l’efficacité du système légal pour régler des différends du côté des entreprises, la fiabilité de l’alimentation électrique, etc. En somme, l’indice mesure l’efficacité de l’administration dans le pays, la viabilité de son système légal, ainsi que la qualité des infrastructures.

En 2017, la Nouvelle-Zélande se trouve en tête du classement, suivie par Singapour et par le Danemark. Les Etats-Unis se trouvent au 8e rang, la Suède au 9e et, surprise, la Macédoine à la 10e place. Plus loin sur la liste, Taiwan est au 11e rang et, encore une surprise, l’Estonie au 12e, la Finlande 13e (moins surprenant) et la Lettonie 14e – tous ces pays sont donc devant l’Australie, l’Allemagne, le Canada et bien d’autres, y compris la Suisse qui se situe au 31e rang. La Lituanie à la 21e place, la Pologne 24e, ainsi que la République tchèque en 27e figurent aussi devant la Suisse. Ainsi, non seulement les pays de l’Europe de l’Est ont jusqu’à trois fois plus de croissance du PIB que les pays d’Europe occidentale, mais en plus ils bénéficient de climats davantage «pro-business» que les économies phares de l’Europe occidentale.  

Complexe de supériorité

Peut-être en tant qu’Européen de l’Ouest on aurait envie, avec notre complexe de supériorité habituel, de penser que la surperformance de l’Est est temporaire et ne pourra pas durer. Regardons alors ce qui se passe chez les jeunes concernant leurs performances scolaires. L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) mesure la capacité des étudiants dans le monde en sciences, lecture, et mathématiques. En sciences, Singapour est numéro un, suivie par le Japon. En troisième place – l’Estonie. Au 13e rang, la Slovénie, devant l’Allemagne à la 16e place, et la Suisse à la 18e. Le top-trois composé de Singapour, du Japon, et de l’Estonie, le sont aussi en ce qui concerne la lecture et les maths. Il est évident qu’une variable ne peut pas prédire le futur, mais toute chose étant égale par ailleurs, comme on aime bien dire en économie, les capacités de nos jeunes vont très certainement orienter la performance de nos pays dans l’avenir.

Intégration européenne

L’Europe sans le Royaume-Uni pourrait plus facilement poursuivre l’intégration. En dehors de l’Angleterre et du Danemark, sept pays membres de l’Union européenne devraient adopter l’euro: la Bulgarie, la Croatie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, et la Suède. En outre, l’Albanie, le Monténégro, la Serbie, la Macédoine et la Turquie sont candidats à l’intégration à l’Union européenne. La Bosnie-Herzégovine ainsi que le Kosovo sont aussi candidats. Le travail réalisé par ces pays en termes d’harmonisation des lois nationales avec celles de l’Union est déjà synonyme de réforme structurelle et ne tardera pas à porter ses fruits.

La seule ombre à ce tableau optimiste de la région est d’ordre politique. Non seulement le voisin russe voit d’un mauvais oeil l’occidentalisation de ces pays , mais certains de ces pays ont voté pour des gouvernements nationalistes/populistes plus récemment. C’est le cas de la Pologne et de la Hongrie. En ce qui concerne la République tchèque, nous devrions en savoir d’avantage après les élections du 20-21 octobre. L’écrivain, Milan Kundera disait en 1984 que son pays était culturellement à l’ouest, géographiquement au centre, et politiquement à l’est. Si cela redevient une réalité, la surperformance économique de ces pays n’aura effectivement été que temporaire.


 

 
 

 
 
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