La vérité des coûts pour la transition

mardi, 03.10.2017

Les prix faussés sont un des obstacles majeurs à la généralisation de bonnes pratiques.

René Longet*

En matière de développement durable et d’environnement, le décalage entre ce que nous devrions faire et ce que nous faisons reste impressionnant. Il est le reflet de l’important écart entre ce qui serait judicieux d’un point de vue écologique, social et humain et ce qui est rentable financièrement. 

Un des obstacles majeurs à la généralisation de bonnes pratiques durables réside dans le fait que les prix sont faussés. De nombreux coûts sociaux et écologiques ne sont en effet pas intégrés dans les prix; un rapport du FMI chiffrait en 2015 à 6,5% du PIB mondial les coûts liés aux externalités négatives de l’énergie, soit près de 5300 milliards de $ (Working Paper 15/105). 

Le capital nature

La nature travaille et, par son travail, accumule du capital – le capital-nature. Et si la nature offre gratuitement ses services, leur altération a un coût. L’importance de la pollinisation pour la production agricole est bien connue. Au plan mondial, son apport est estimé à 235 milliards de $. Tout récemment, la station fédérale de recherche Agroscope en a chiffré la valeur à environ 350 millions de francs par année.

Parmi ces prestations que la nature nous offre et que nous ne payons pas au juste prix, nous trouvons les ressources directement prélevables: eau, air, poisson, gibier, végétaux à usage médicinal, domestique ou industriel (bois), matières premières (matériaux rocheux, énergies fossiles, etc.). Actuellement, nous en comptabilisons les coûts d’extraction mais non leur valeur de remplacement. 

Il faut ajouter à cela des fonctions comme la filtration de la pollution par les zones humides et les forêts, le captage de gaz carbonique par la végétation terrestre et marine («puits de carbone»), la régulation des eaux par le sol, la prévention de l’érosion par le couvert végétal, la fertilité des sols, des fonctions récréatives et touristiques. Cet ensemble est appelé les services écosystémiques. 

Si nous voulons garantir la pérennité des prestations de la nature, il s’agit de passer de sa prédation à sa bonne gestion, et de comprendre la protection de l’environnement non comme une charge mais comme un investissement!

En Suisse nous connaissons une – encore modeste – taxation du CO2 et des COV, dont le produit est redistribué à la population par le biais d’un rabais sur la prime de caisse-maladie en fin d’année. Vu le différentiel de prix entre matières recyclées et neuves, sans les taxes anticipées de recyclage (TAR) prélevées à l’achat de divers biens, de la voiture au frigo, l’économie du recyclage dont nous sommes à juste titre fiers n’aurait jamais pu voir le jour.

*Expert en développement durable


 

 
 

 
 
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