L’horlogerie suisse ne doit plus confondre luxe et cherté

mercredi, 27.09.2017

Stéphane Gachet

Que l’on se rassure, l’industrie horlogère est loin de rendre les armes. Les Cassandres, mauvaises langues, oiseaux de mauvais augure, ne manquent pas pour scander son agonie au premier coup de joran. La période a été faste pour les ombrageux: attaques de smartwatch, fractures monétaires, rupture de corruption en Chine, embolie des exportations, thrombose des canaux de distribution, greffe expérimentale de swiss made. Une suite de symptômes gravissimes, d’autant plus funestes que le corps (l’industrie horlogère suisse) était malade depuis longtemps, atteint d’immobilisme technologique, souffrant de rhumatisme de la créativité, gare à la crise de sénilité.

La mort clinique semblait inévitable. L’encéphalogramme est pourtant reparti. Les statistiques d’exportation ont retrouvé leur stabilité et les discours de dirigeants de marques se font moins alarmants. Signal parmi d’autres, la dernière étude sectorielle de Deloitte démontre que l’ambiance est à nouveau positive et que l’industrie ne réfléchit plus en termes de crise, mais de challenges (lire en page 5). Ne faisons pas d’angélisme, ces défis sont nombreux et très sérieux. L’horlogerie doit en particulier réussir son appontage avec les canaux digitaux et la génération online. Un vrai choc des temps pour un secteur qui s’est fait le chantre du retail à l’ancienne et qui se réveille brutalement à l’heure de la consommation 4.0.

L’étude Deloitte fait ressortir un autre point, tout aussi saillant, peut-être même plus: les jeunes restent attachés aux valeurs du luxe et de la montre haut de gamme, en réalité le seul champ où l’horlogerie swiss made peut mener la course. Mais la piste est savonneuse, par la faute même de l’industrie, qui a passé la dernière décennie à maquiller sous le fard du marketing la montée en puissance des produits de série, jusque sur les segments les plus élevés du marché, ne gardant du luxe que la notion de cherté, à force de hausses arbitraires des prix. Le retour à la substance, voilà qui est vital.


 

 
 

 
 

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