Electricité: une fausse bonne idée

vendredi, 15.09.2017

Une libéralisation du système de mesure multiplierait les interfaces. Les processus deviendraient plus chers.

Dominique Martin*

Un système de mesure qui fonctionne est un facteur-clé pour la sécurité d’approvisionnement en électricité. La mesure de la consommation de courant incombe aux gestionnaires de réseau. Ils décomptent les kilowattheures soutirés, établissent le bilan de l’offre et de la demande, garantissent la qualité de la mesure et établissent des prévisions de marché. 

Si l’on s’en tient à la décision du Tribunal fédéral du 14 juillet dernier, ce processus éprouvé doit être modifié. Par exemple, si vous avez installé sur votre toit des cellules photovoltaïques d’une certaine puissance, vous pourriez mandater des entreprises tierces pour mesurer le courant que vous injectez. Les partisans célèbrent cette décision, la considérant comme une ouverture vers la libéralisation complète: les simples consommateurs d’électricité pourraient alors eux aussi choisir librement leur prestataire de mesure. 

Mais quel effet aurait une libéralisation du système de mesure? Elle engendrerait avant tout une plus grande complexité. Concrètement, de nouvelles interfaces et relations contractuelles se créeraient, soulevant diverses questions de compétence. En cas de problème dans le processus de mesure, les clients n’auraient plus d’interlocuteur compétent vers qui se tourner, faute de responsabilité générale. Cela irait à contre-courant des objectifs de la Stratégie énergétique 2050 et de la tendance au rapprochement des secteurs et des réseaux de chaleur, de gaz et d’électricité. 

Des synergies seraient ainsi anéanties. D’ailleurs, la plupart des États européens ont prudemment renoncé à une libéralisation. Les Pays-Bas, en revanche, en ont eu pour leurs frais: ils ont franchi le pas, pour finir par revenir en grande partie sur leur décision. Loin d’augmenter la concurrence, comme escompté, la libéralisation a engendré une hausse des coûts de 60%. 

En Suisse, seuls les plus gros consommateurs d’électricité pourraient peut-être tirer profit d’une libéralisation du système de mesure - au détriment toutefois des petits clients. Ceux qui habitent dans des régions retirées, par exemple, seraient moins intéressants pour les offres du marché, et devraient s’attendre à des hausses de prix dues à la sévère dynamique de l’offre et de la demande.

Une libéralisation rendrait notre système de mesure inutilement complexe et cher. Reste à espérer que les milieux politiques ne succombent pas au chant des sirènes.

*Association des entreprises électriques suisses


 

 
 

 
 
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