La difficulté de compiler les données

mercredi, 13.09.2017

Le recensement américain prévu pour 2020 montre le difficile exercice pour produire des statistiques.

Marie Owens Thomsen*

Je prends mes propres décisions, à partir d’un très grand nombre de données...

Compiler des données n’est pas simple. Les personnes qui ne travaillent pas quotidiennement avec des données statistiques peuvent méconnaître les efforts qui se cachent derrière les chiffres, et les ressources que leur production nécessite. Dans ce contexte, un exemple criant est le recensement de la population américaine. Les américains recensent leur population tous les dix ans, le prochain recensement aura lieu en 2020. Pour décompter les quelques 323 millions d’habitants, un budget d’environ 12.5 milliards de dollars est prévu. Cependant, le directeur du bureau de recensement (The Census Bureau) des Etats-Unis, John Thompson, a démissionné en mai dernier, et exprimait ses craintes  que le projet soit sous-financé, mettant ainsi en péril son succès. Comme pour confirmer ses angoisses, le poste reste encore vacant.

L’importance de ce recensement décennal ne doit pas être sous-estimé. Il assure une participation équitable des américains dans les organes de gouvernance et une distribution juste des ressources du gouvernement. Il sert de base pour l’allocation des sièges dans la chambre de représentants du congrès. Il définit les districts des législatures dans chaque Etat. Les données servent également de base pour l’allocation des services pour les personnes âgées, pour la construction des routes et des écoles, pour déterminer où créer des centres de soutien à l’emploi et encore pour établir l’éligibilité à la sécurité sociale. Environ 600 milliards de dollars de fonds publics sont distribués selon les données du recensement, représentant approximativement 70% des fonds fédéraux distribués. En outre, les données du recensement sur l’âge, l’ethnicité, et les revenus orientent une multitude de sociétés concernant les produits et services à proposer, où et comment.

Le recensement  2020 de la population américaine  a commencé en 2011, est monté en puissance en 2015, et sera terminé en 2023. La période de travail la plus intense se situe entre 2018 et 2021. Il est prévu d’embaucher 400’000 personnes sur le terrain, soit 150’000 personnes en moins par rapport au recensement de 2010, grâce aux nouvelles technologies et méthodes de collection de données qui comprennent par exemple la possibilité de répondre en direct sur internet.

Il manque déjà 300 millions de dollars

Selon l’Association américaine des statistiques (ASA), des 13 instituts gouvernementaux américains majeurs qui produisent les statistiques officiels du pays, y compris le bureau du recensement, neuf instituts devraient recevoir moins de ressources budgétaire pour l’année fiscale 2018 (qui démarre le 1 octobre 2017) que pour celle de 2017.  Le plan actuel du congrès dote a priori le recensement d’environ 300 millions de dollars en-dessous des besoins. De plus, en février de cette année, le bureau pour la responsabilité gouvernementale américaine (GAO, Government Accountability Office), a rajouté le recensement de 2020 à une liste de 34 domaines dans la sphère gouvernementale jugée à risque élevé concernant leur exécution.

Réduire le budget du recensement et de la production des statistiques en général, peut augmenter le risque de d’erreurs qui pourraient elles-mêmes affecter le dysfonctionnement politique, aggraver les inégalités, et accentuer l’inefficacité de l’allocation des impôts payés. Si cela semble hyperbolique, il faut reconnaître que l’accès à des données statistiques de qualité est le premier pas pour une prise de décision basée sur des faits. Des statistiques de qualité profitent à tout le monde, à gauche comme à droite, dans le public comme dans le privé, et ce dans tous les domaines sans exception aucune. Dans le secteur privé, la taille du marché mondial de l’analyses de données devrait atteindre 200 milliards de dollars en 2020, selon IDC. Cette même société prévoit que 180 zettabytes de données seront générées dans le monde, soit l’équivalent de 180 mille milliards de gigabytes, en 2025, comparé à un petit 10 zettabytes en 2015. 

Des gouvernement qui n’allouent pas d’avantage de ressources à la collecte et à l’analyse des données, vont non seulement se trouver moins informés pour prendre des décisions vitales à leur mission, mais s’ouvrent également au risque que les «faits alternatifs» occupent une place croissante dans les débats - une menace qui se mesure dans la montée du populisme et dans la polarisation de l’opinion déjà apparente. Le quatrième président des Etats-Unis, James Madison,  en était déjà convaincu en 1790. Il prônait une gestion gouvernementale basée sur des faits et non sur des déclarations et des conjectures, et a participé à rendre le recensement inscrit dans la constitution.

Le 45e président, Donald Trump, quant à lui, se contente de dire, dans un tweet émis le 6 février 2017. «Je prends mes propres décisions, à partir d’un très grand nombre de données, et tout le monde le sait.»

*Global Head of Investment Intelligence Indosuez Wealth Management


 

 
 

 
 
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