Le salaire reflet d’une politique navrante

mercredi, 13.09.2017

Andreas Meyer (CFF) gagne trois fois plus que Martin Vetterli (EPFL)!

Xavier Comtesse*

Le directeur des CFF a engrangé 1,052 million de francs en 2016 contre environ trois cent mille pour le patron de l’EPFL. Cela en dit long sur les priorités que le Conseil fédéral donne au pays. Le rail plutôt que les neurones, en somme! 

Et il ne faut pas nous dire que le salaire est le reflet du marché... c’est juste le reflet d’une navrante incompétence du politique à comprendre les enjeux du XXIe siècle. Tel est en tous les cas l’avis de Daniel Borel, qui faisait cette révélation la semaine dernière lors d’une conférence au CSEM sur l’innovation. Borel est formel: les membres du Conseil fédéral et le personnel qui les conseille, ne comprennent pas grand-chose au tsunami du numérique. 

Les GAFAIM (Google, Apple, Facebook, Amazon, IBM, Microsoft) attaquent et pendant ce temps-là, le monde politique à Berne arrose les CEO de l’ancienne économie. C’est tout de même incongru voir navrant. N’est-ce pas?

L’inexistence d’idées de rupture

Vous voulez un second exemple, toujours tiré du discours de Daniel Borel, décidément en grande forme ce jour-là. Eh bien, c’est à propos de Pierre Maudet qui réclame un fond de 5 milliards à la BNS pour injecter de l’argent dans les entreprises innovantes. Mais le problème ici, c’est plutôt l’inexistence d’idées de rupture chez les entrepreneurs suisses, notamment dans le domaine du numérique. Ces entreprises n’ont objectivement pas tellement d’idées... car sinon l’argent aurait déjà été injecté. 

N’oublions jamais que les idées extraordinaires trouvent toujours d’une manière ou d’une autre le chemin du financement. Définitivement, la Suisse n’a pas tant de bonnes idées! Et puis la traversée du désert financier (la vallée de la mort selon le jargon des start-up) est nécessaire pour effectuer une sélection entre les bons projets et ceux qui sont excellents. Car seuls ces derniers feront vraiment la différence.

Enfin, une dernière suggestion de Daniel Borel concerne la capacité d’attirer en Suisse, les gens de talents et les meilleurs chercheurs du monde entier. Toutes les entreprises vous le diront les quotas sont trop faibles, particulièrement pour des extra-européens. 

C’est compliqué et long pour engager des personnalités exceptionnelles en Suisse car dans notre pays, on ne fait pas vraiment la différence entre un carreleur et un «data scientist»! 

Bon certains vont dire que c’est pire aux USA notamment sous l’administration de Trump. En fait, pas du tout. Ils ont là-bas un visa appelé le O-1. Ce visa est décerné à des gens extraordinaires. Cela permet, par exemple, de faire venir aux USA le maximum de «data scientist» formés dans le monde entier. 

C’est l’enjeu du siècle. Les «data scientist à cause des Big Data, de l’IoT et du Deep Learning sont devenus les gens les plus convoités au monde. En Suisse, nous n’avons même pas de formation de» data scientist «dans nos facultés de médecine alors que tout le domaine de la santé est en train de basculer dans cette direction sous l’effet du numérique.

Voilà quelques conseils d’un Daniel Borel toujours aussi «shaper», comme il l’a été si longtemps à la tête de Logitech, une de nos rares entreprises – faut-il le rappeler – toujours fortement innovante et véritable fleuron du numérique mondial. Mesdames et Messieurs du Conseil fédéral, écoutez donc deux secondes les «Digital Shapers»: ils ont quelques enseignements à vous prodiguer.

*Auteur du livre «santé 4.0»


 

 
 

 
 
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