Ouragan «Irma»: bienvenue dans un monde d’inégalités

mardi, 12.09.2017

Dans ces régions et pays pauvres, une catastrophe se transforme tout de suite en désastre socio-économique et humanitaire.

Michel Santi*

Les ravages de l’ouragan «Irma» sont massifs et à peine imaginables, puisque des îles comme Antigua et Barbuda ont été détruites à plus de 90%! De nos jours, les inégalités peuvent hélas revêtir de multiples formes. 

A celles provoquées par les mauvaises allocations des ressources, par les revenus du travail en constante dépréciation, par l’emploi précaire, par le démantèlement de l’Etat qui laisse les pauvres sans protection, s’ajoute  celle dont on connaissait l’existence mais qui éclate désormais au grand jour. Il s’agit de l’inégalité géographique.

Un désastre socio économique et humanitaire

N’y a-t-il pas au sein d’une même grande ville (comme Paris, Londres ou New York) autant de différences entre les hauts et les bas revenus qu’entre la France et certaines nations d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique Latine? 

Une catastrophe naturelle survenant dans ces régions et pays pauvres se transforme donc de suite en désastre socio-économique et humanitaire. Exactement comme une crise bancaire fait surtout des ravages au sein de la classe moyenne et des pauvres dont les options sont bien plus limitées que les riches globalisés. 

Bienvenue, donc, dans l’ère de l’inégalité spatiale, marquée par des désastres naturels qui vous affecteront différemment en fonction de la classe sociale à laquelle vous appartenez! Il va en effet de soi qu’un parisien ou qu’un new yorkais disposant de multiples ressources et possibilités souffrirait moins d’un événement naturel de l’ampleur d’«Irma» qu’un habitant des Caraïbes aux conditions de vie précaires. 

Juguler la corruption

Les inégalités ne se bornent donc pas à celle des revenus, de la fortune, des chances et opportunités, de l’emploi, de la santé. Votre statut social et votre aisance financière déterminent également votre capacité à surmonter - ou non - une catastrophe naturelle. Une remise à plat radicale s’impose aujourd’hui au sein de ces îles sinistrées et en ruine des Caraïbes, qui devront enfin s’atteler à allouer au développement une partie importante des profits générés sur le tourisme. 

A condition de juguler la corruption encore présente dans nombre de ces pays, ces ressources devront être réinvesties au profit de leurs populations dans la santé, dans l’éducation et dans les infrastructures. 

Il est, cependant, un autre genre de «tourisme» qui devra être lourdement sanctionné, à savoir celui en relation avec l’évasion fiscale, qui ne nuit pas seulement aux nations dont sont originaires ces fraudeurs ou ces exilés fiscaux.

Les populations de ces îles des Caraïbes sont en effet les premières à payer un lourd tribut car l’absence d’imposition en vigueur au sein de leur propre pays assèche les comptes et les caisses publics et empêche logiquement toute dépense sur le développement à long terme. 

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ces «paradis fiscaux» sont souvent des enfers pour les populations locales… Ces îles des Caraïbes doivent donc de toute urgence opérer une refondation de l’ensemble de leur système afin de ne plus parasiter et leur citoyens et les citoyens de nombre de pays occidentaux lésés par l’évasion fiscale. 

Quant à ces sociétés et à ces privés fortunés qui profitent grassement des avantages offerts par ces paradis fiscaux sans jamais avoir contribué au quelconque développement du pays leur ayant offert cet asile fiscal, soulageront-ils leur conscience en se montrant généreux dans la reconstruction de ces îles ravagées par «Irma»? 

Ou se contenteront-ils de se pavaner sur Twitter à l’instar de Richard Branson s’étant vanté d’avoir laissé passer l’ouragan dans sa cave à vin?

* www.artradindfinance.com  www.gestionsuisse.com


 

 
 

 
 
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