Le choc du franc a-t-il été surmonté?

vendredi, 08.09.2017

L’économie nationale est encore légèrement sous le coup de la hausse du franc.

Philippe G. Müller*

La croissance en 2016 devrait s'avérer légèrement meilleure que prévu, 1,4% et non 1,3%.(Pixabay)

A la question de savoir si l’économie suisse a mis le choc du franc derrière elle, la réponse est connue: ça dépend. Ca dépend des données qu’on considère. Si l’en croit les «données dures» du produit intérieur brut (PIB) du pays, l’économie nationale est encore légèrement sous le coup de la hausse du franc. 

Au deuxième trimestre, le PIB a crû de 0,3% en rythme trimestriel, mais de seulement 0,3% en rythme annuel. Ce chiffre décevant s’explique en partie par les révisions appliquées par le Secrétariat d’Etat à l’économie aux statistiques du deuxième trimestre. 

D’après les dernières estimations, si la croissance en 2016 devrait s’avérer légèrement meilleure que prévu - 1,4%, et non 1,3% -, on constate tout de même que l’élan s’essouffle vers la fin de l’année. La croissance en Suisse pourrait même avoir stagné au tournant de l’an. 

Ce trou d’air affectera aussi la croissance en 2017. L’évolution décevante du PIB ces derniers trimestres se reflète dans celle de l’emploi: celui-ci n’a augmenté que de 0,2% sur les douze derniers mois, soit bien en dessous de la moyenne des dix dernières années (1,2%).

Si l’on se tourne vers les «données molles», par exemple les indicateurs avancés de l’industrie, le tableau est complètement différent. En effet, la plupart des entreprises exportatrices affichent un bon moral. 

Cet optimisme a contribué au fort redressement, ces derniers mois, des principaux indicateurs avancés suisses (baromètre KOF et indice des directeurs d’achat de l’industrie manufacturière). Dans ce sens, on peut considérer que le choc du franc est derrière nous.

Une accélération conjoncturelle

Bien que les données dures, objectives, décrivent la situation de l’économie sur les derniers mois et trimestres, les données molles, plus subjectives, reflètent les attentes et intentions des entreprises à court ou moyen terme. C’est pourquoi, au second semestre, on peut s’attendre à ce que l’économie suisse soit stimulée par le dynamisme des échanges avec ses grands partenaire de la zone euro. 

En outre, la dépréciation du franc face à l’euro constatée ces derniers mois devrait soutenir les exportations helvétiques. A cela s’ajoute le fait que la grande majorité des entreprises du pays se sont ajustées au niveau surévalué du franc. L’accélération conjoncturelle attendue devrait stimuler l’emploi, et, en retour, diminuer le taux de chômage. On pourra alors enfin considérer le choc du franc comme surmonté.

Pour ce qui est de l’économie intérieure, on doit en revanche s’attendre à des chiffres modestes. Le léger recul du chômage que prévoit UBS devrait éclaircir le moral des ménages. 

D’un autre côté, après une longue période en territoire négatif, l’inflation est redevenue positive, ce qui érode légèrement le pouvoir d’achat et freine donc le dynamisme de la consommation privée.

Pour l’année en cours, la Recherche d’UBS table sur une croissance du PIB de 0,8%. Pour 2018, elle espère une poursuite de l’accélération de la croissance à 1,8%, un rythme légèrement supérieur au potentiel de croissance à long terme (1,5-1,75%).

*Économiste responsable pour la Suisse romande, Chief Investment Office d’UBS


 

 
 

 
 
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