Prévoyance vieillesse 2020: haro sur les 70 francs

lundi, 04.09.2017

L’augmentation des rentes se traduira à l’horizon 2030 par des dépenses additionnelles estimées à 1,4 milliard.

Marco Taddei, responsable antenne romande, Union patronale suisse

Faut-il sacrifier une réforme pour 70 francs? Oui, répond l’écrasante majorité des associations économiques du pays, qui rejette catégoriquement la réforme Prévoyance vieillesse 2020 soumise au peuple le 24 septembre prochain, en raison principalement du versement de 70 francs par mois pour tous les nouveaux retraités. Ce bonus apparaît en effet comme le contraire des intérêts des entreprises.

L’ampleur du déficit

Les finances de l’AVS vont à vau l’eau. Touchée de plein fouet par l’évolution démographique et le déséquilibre croissant entre actifs et retraités, notre principale assurance sociale affiche des chiffres rouges depuis 2014. Si rien n’est fait, le déficit pourrait avoisiner les 8 milliards de francs à l’horizon 2030. L’heure est donc venue d’assainir l’AVS.  

Le Conseil fédéral l’a bien compris. Lancée en 2012, sa très ambitieuse réforme Prévoyance vieillesse 2020 s’articulait autour d’un double objectif: assurer la solidité financière de l’AVS et maintenir des rentes à leur niveau actuel. Or, en accordant une hausse des rentes à tous les nouveaux retraités, le Parlement trahit la volonté du Conseil fédéral d’équilibrer les comptes de nos assurances sociales. De la sorte, il fait fi du clair rejet dans les urnes de l’initiative AVSplus, qui préconisait une majoration de 10% de toutes les rentes AVS.

Désinvolture du Parlement

La désinvolture du Parlement sera lourde de conséquences: le vieillissement de la population aidant, l’augmentation des rentes de 70 francs se traduira à l’horizon 2030 par des dépenses additionnelles estimées à 1,4 milliards de francs. Dit autrement, la Prévoyance vieillesse 2020 va agir comme un accélérateur de coûts qui, loin de les résoudre, aggrave les problèmes structurels de l’AVS.

Malgré le relèvement de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans et l’augmentation de 0,6 point de TVA, l’AVS retombera dans le rouge dès 2027. Il faudra donc une nouvelle fois remettre l’ouvrage sur le métier: des hausses supplémentaires de la TVA et des cotisations sociales sont à prévoir.

Marges supplémentaires

Pour financer le bonus de 70 francs, les charges salariales devront être relevées de 0,3%. Elles viendront s’ajouter aux 0,4 % nécessaires pour compenser la réduction du taux de conversion minimal dans le deuxième pilier. Une fois de plus ce seront les entreprises qui devront passer à la caisse. A l’heure où, dans de nombreux secteurs, les marges des entreprises fondent comme neige au soleil, ces coûts supplémentaires risquent de mettre en péril de nombreux emplois.

Autre effet négatif: la solution bancale du Parlement conduit à  l’instauration d’une AVS à deux classes, où seuls les nouveaux rentiers recevront la bonification mensuelle de 70 francs. Cette décision, qui foule au pied le principe de la solidarité intergénérationnelle, pénalise également les retraités modestes. Pour ces derniers, le supplément sur la rente AVS sera en effet neutralisé par la baisse des prestations complémentaires, qui elles sont exonérées d’impôts.n


 

 
 

 
 
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