Quand la Suisse joue avec le feu

lundi, 28.08.2017

Le Parlement aborde mal le virage numérique. Il ne semble pas vouloir donner au pays les moyens de ses ambitions, dans deux domaines fondamentaux. Deux domaines dans lesquels la Suisse excelle pourtant traditionnellement: les infrastructures et la formation.

Premier point: pour transmettre des données, il faut du débit. Invitée d’Economiesuisse vendredi à Genève, Doris Leuthard a rappelé que la propagation des applications numériques nécessitait un réseau mobile puissant. En gros: rien ne pourra être mis en œuvre sans la 5G. Et vite. Or, la Suisse tergiverse. Le Parlement rechigne à franchir le pas de la 5G, craignant pour notre santé, et celle des vaches (grâce au tout puissant lobby agricole).

La Suisse donne également des signaux inquiétants dans un autre domaine essentiel de l’avenir numérique: la formation. Nous devons enseigner la culture numérique dès l’école primaire. Or, aujourd’hui, nous en sommes loin. La Suisse allemande tâtonne, la Suisse romande ne fait rien. Et Berne démissionne pour cause de fédéralisme. Le désert.

Enfin, plus inquiétant, nous déstabilisons l’ensemble du système de recherche: alors que nous demandons à nos Hautes Ecoles de fournir des cerveaux et des solutions pour le monde de demain, nous taillons dans leurs budgets. Pour l’année prochaine, le Parlement demande aux EPF des dizaines de millions d’économies (sous pression notamment du lobby agricole, encore lui).

En résumé: la Suisse, reine de l’innovation, veut réussir la transition numérique. Mais elle tarde à renouveler ses infrastructures, n’enseigne pas l’informatique à l’école, et taille dans la recherche. On joue avec le feu: le monde numérique va vite. Nous prenons le risque de voir la Suisse distancée, dans un monde déjà archi-dominé par les Etats-Unis et l’Asie. Le Parlement doit prendre ses responsabilités, et corriger le tir. D’urgence.


 

 
 

 
 

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