Biodiversité: apprendre à partager l’espace

mercredi, 09.08.2017

Un état des lieux publié en Suisse signale que certains milieux comme les zones humides à l’état naturel ont quasiment disparu.

René Longet*

Ces dernières semaines ont paru coup sur coup des documents majeurs sur l’état de la biodiversité. Tout d’abord l’article publié le 10 juillet par l’Académie des Sciences des Etats-Unis. Evoquant la situation de 177 espèces de mammifères, il relève que plus de 40% d’entre elles ont vu leur aire de répartition diminuer d’au moins 80% entre 1900 et 2015. Puis, le 19 juillet, un état des lieux publié par l’Office fédéral suisse de l’environnement signalait que certains milieux comme les zones humides à l’état naturel ou les prairies sèches ont quasiment disparu; seules un peu plus de la moitié des plantes et des animaux présentent un bon pronostic.    

Tous les deux ans paraît le rapport Planète Vivante, une somme actualisée sur l’état de la planète. La dernière édition, sortie en octobre 2016, souligne que pour 14’152 populations représentatives de 3’706 espèces de mammifères, poissons, oiseaux, amphibiens et reptiles, les effectifs ont diminué de 58% depuis 1970. Chasse et pêche abusives, morcellement, destruction et perturbation croissantes des habitats de la flore et de la faune, pollutions chimiques se concentrant le long de la chaîne alimentaire en sont les principales causes. Quand les espaces de vie ne sont plus garantis et que les populations s’effondrent, l’extinction massive n’est pas loin.

Alors que passer de la prédation de la nature à sa gestion créerait de nombreux emplois, serait une façon nettement plus responsable de relancer l’économie, nous restons largement attachés à un modèle linéaire et irréaliste: je prends dans l’environnement, je transforme, je consomme, je jette, et je considère comme illimitées les capacités de la nature à fournir des ressources et à digérer nos déchets. Naturalistes et économistes ne se parlent toujours pas, du moins pas assez pour infléchir une approche destructrice et court-termiste qui considère la sauvegarde de nos bases d’existence comme un coût et non comme un investissement, une assurance-vie.

Nous pouvons tous agir

Nous tous pouvons faire quelque chose. Interdire dès maintenant les substances chimiques biocides se répandant dans l’environnement. Ne plus acheter de produits issus de la destruction des forêts tropicales ou de la surpêche des océans. Le remplacement de la forêt primaire par d’immenses cultures industrielles de palmiers à huile ou de soja sert uniquement à notre mode d’alimentation malsain. La préservation des fonctions de la nature n’est aucunement un luxe, mais la base du vivre ensemble sur cette Terre. Nous avons tout à gagner à changer de cap!

* Expert en développement durable


 

 
 

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