Un capitalisme entre adultes consentants

vendredi, 04.08.2017

Personne – et certainement pas les politiciens – ne se préoccupe du modèle de société que nous voulons organiser pour notre avenir immédiat.

Michel Santi www.artradingfinance.com www.gestionsuisse.com

«Les grandes luttes du XXe siècle entre la liberté et le totalitarisme se sont terminées par une victoire décisive des forces de la liberté et du seul modèle possible de succès: liberté, démocratie et libre entreprise. Au XXIe siècle, seules les nations qui s’engageront à protéger les droits de l’Homme et à garantir la liberté économique seront capables d’assurer leur prospérité».

Ecrite en 2002 par le conseil américain de «stratégie de sécurité nationale» sous l’impulsion du président de l’époque George W Bush, cet auto satisfecit appartient à des temps révolus. En effet, le capitalisme occidental – survivant de justesse à la crise des années 2007 à 2010 l’ayant laissé mortellement blessé – est en phase terminale car ses plaies infectées crachent l’inégalité, le mécontentement social et les endettements colossaux.

Qu’il est loin aujourd’hui le triomphalisme du début des années 1990 qui avait vu le sacre du standard capitaliste américain érigé en valeur morale suprême! Tout avait pourtant bien commencé.

La démocratie n’était-elle pas supposée être en quelque sorte une sécrétion naturelle dès lors que la Russie et que la Chine embrasseraient le capitalisme? Milton Friedman qui affirmait qu’une société qui privilégie l’égalité des revenus à la liberté «finit par n’avoir ni l’égalité ni la liberté» est aujourd’hui totalement ringardisé car notre liberté n’a plus à nos yeux qu’une valeur instrumentale, tout au plus un levier permettant de parvenir à des objectifs matériels. Notre défense des libertés -de la Liberté- semble bien peu crédible alors même que nous l’abdiquons au profit d’entreprises et de banques à taille de mastodonte qui nous imposent en permanence leurs diktats.

Comment pouvons-nous nous prévaloir de ces valeurs humanistes, comment simplement être crédibles pour imposer à d’autres nations le concept des droits de l’Homme, alors que – sous couvert de cette même liberté – une minorité infime concentre chez nous en ses mains richesses et pouvoirs excessifs?

Dans un tel contexte, il est bien plus simple d’imaginer la fin du capitalisme. Après tout, nul système social n’a duré éternellement, à plus forte raison s’il s’agit d’un ordre aussi intrinsèquement instable que celui dicté par le capitalisme.

La question n’est donc pas tant si le capitalisme va péricliter et disparaître, que ce qui le remplacera dans un monde -celui de demain! – où le travail humain ne sera plus une nécessité.

Pourtant, personne – et certainement pas les politiciens – ne s’interroge ni ne se préoccupe du modèle de société que nous voulons organiser pour notre avenir immédiat. Est-ce une société où les individus auront la possibilité (s’ils le souhaitent) de s’affranchir du travail? Une société offrant à chacun accès aux soins, au logement et à la décence matérielle, même sans labeur? Ou est-ce un ordre hiérarchisé où une élite dominera la masse tout en exerçant un contrôle strict sur son accès aux ressources et aux biens?

En d’autres termes, les progrès fulgurants de la science et de la technologie seront-ils mis au service de la liberté individuelle et de notre qualité de vie commune? Ou la domination économique et financière accentuera-t-elle son emprise et achèvera-t-elle d’asservir le plus grand nombre selon les critères impérieux de la compétitivité et du profit? L’oligarchisation, ou le capitalisme entre adultes consentants?


 

 
 

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