Mort du Libor: trouver une solution avant 2021

vendredi, 04.08.2017

La discussion reste ouverte pour le remplacer. Le régulateur n’a pas encore désigné de taux successeur.

Marie Owens Thomsen Global Head of Investment Intelligence Indosuez Wealth Management

Les marchés adorent lire dans le marc de café pour anticiper chaque action des  banques centrales. Aussi importantes soient-elles,  l’action la plus mémorable sur les marchés de taux en 2017 sera probablement la décision du régulateur anglais FCA (Financial Conduct Authority), annoncée le 27 juillet dernier, concernant l’abandon du taux d’intérêt de référence, le Libor (London Interbank Offered Rate) à la fin de l’année 2021.

Ce taux aura servi de référence sur les marchés financiers depuis 1969.

La manipulation du taux

Le taux LIBOR est devenu mal aimé principalement en raison des tentatives de manipulation révélées en 2008. On peut se demander comment il est possible de manipuler un taux d’intérêt et la réponse réside dans sa particularité. Il tente de mesurer le taux d’intérêt demandé pour des prêts interbancaires.

Les transactions entre banques ne sont pas publiques et ainsi il est nécessaire d’interroger les banques sur le prix payé. Une vingtaine de banques sont sondées concernant leurs transactions en cinq devises et sur sept horizons de temps. Tous les matins, chaque banque soumet ses taux, et le Libor représente une moyenne des données soumises.

La méthode a été rafraichie après 2008 et son administration a été reprise par Intercontinental Exchange Inc., de la British Bankers’ Association de l’époque.

A l’heure actuelle, la question n’est plus la fraude, mais le défaut de transactions, occasionné par la transformation, intervenue au cours des 50 dernières années depuis la naissance du taux Libor, de la manière dont les banques se financent. Le régulateur anglais a mentionné que dans une devise particulière sur un horizon spécifique il n’y avaiteu que 15 transactions en 2016, ce qui ne suffit clairement pas pour représenter tout un marché. La discussion reste ouverte sur comment remplacer le taux Libor, étant donné que le régulateur n’a pas nommé de taux successeur. Tout contrat à taux variable est basé sur un taux de référence, faute de quoi  l’unique alternative serait un taux fixe. Tout taux d’intérêt représente la somme de plusieurs composants de risque, y compris risque d’inflation, risque de temps, et risque crédit (risque émetteur).

Le risque spécifique bancaire

S’agissant d’ un taux interbancaire, le taux Libor a une composante qui représente le risque crédit spécifique des banques. Cela est utile pour la partie des contrats et dérivés qui est impactée par le coût de financement des banques. Pour d’autres participants dans les marchés financiers, le risque spécifique bancaire peut ne pas être pertinent.

En outre, pour le système financier global, un taux de référence moins dépendant d’un groupe d’émetteurs spécifiques serait moins susceptible de propager ce risque particulier dans le système dans son ensemble. Il pourrait également être préférable pour la stabilité du système financier international d’avoir plusieurs taux de référence pour éviter qu’un évènement dans le taux de référence se propage à l’échelle globale.

L’importance de ces considérations est d’autant plus flagrante sachant que la valeur notionnelle des contrats d’ instruments dérivés liés au Libor s’élève à plus de 300.000 milliards de dollars, selon le FMI (Fond Monétaire International).

Un système éclaté avec de multiples taux de référence intégrant ou non le risque émetteur est donc imaginable mais courrait le risque opposé de celui d’un marché très concentré, c’est-à-dire un risque de manque de liquidité.

La Banque d’Angleterre a développé une alternative au Libor, le Sonia, qui pourrait remplacer le taux Libor pour des transactions en livres sterling. La Banque Nationale Suisse a déclaré qu’elle choisirait un alternative au LIBOR en francs suisses d’ici la fin 2021 et non pas avant. La Reserve fédérale américaine pourrait favoriser son taux de repo pour remplacer le LIBOR en dollars.  La Banque Centrale Européenne a également suggéré qu’elle pourrait remplacer l’Euribor (le LIBOR en euros) avec un taux de référence qui lui est propre.

De toute manière, pendant que les régulateurs et les marchés œuvrent pour trouver la solution d’ici fin 2021, il y aura d’avantage d’incertitudes sur les marchés de taux.

Tout contrat basé sur le Libor ayant une maturité au-delà de 2021 devra être modifié (une bonne nouvelle pour les juristes). Les marchés vont être sujets à d’avantage de volatilité ainsi qu’à des mouvements de prix erratiques.

Tout cela pour une bonne cause car l’idée d’utiliser une référence qui date de près de 50 ans pour les marchés financiers de nos jours est aberrante.

Depuis les années 1970 nous avons vu, sur le marché des taux d’intérêt, la naissance des options, des contrats futures, des swaps et des CDS (Credit Default Swaps).

Tout le marché des dérivés de taux a vu la valeur notionnelle se multiplier par plus de sept en 20 ans (BRI), pour représenter 368.000 milliards de dollars fin 2016. Comme toujours, les marchés évoluent plus vite que le monde qui les entoure. Il est temps de se mettre au goût du jour. n


 

 
 

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