Le Brexit fatigue: l’Europe est passée à autre chose

mercredi, 02.08.2017

Hors de la Grande-Bretagne, nul ne se préoccupe des négociations qui se déroulent à Bruxelles.

Michel Santi www.artradingfinance.com www.gestionsuisse.com

Passée en l’espace de quelque semaines de la stature de dame de fer charismatique à celle d’un Premier Ministre canard boiteux, Theresa May peut à peine encore prétendre diriger un gouvernement britannique dont la plupart des membres s’affrontent et se déchirent désormais ouvertement pour lui succéder. Quant au parti d’en face, le ’Labour’, il est dirigé par un leader ne cachant pas son admiration pour Chavez.

La différence, aujourd’hui treize mois après le vote, entre conservateurs et travaillistes? Tandis que la droite souhaite quitter l’Europe accusée de trop réglementer, la gauche appelle de ses vœux le Brexit en traitant l’Union d’âme damnée de la dérégulation... Pendant que la presse – toujours extrémiste – de ce pays pourfend les opposants au Brexit, systématiquement accusés de traîtrise.

Bref, la politique britannique est devenu désagréable, voire nauséabonde: reflet d’une nation en pleine crise de nerfs.

Pourtant, hors du pays, nul ne se préoccupe plus des négociations ayant lieu à Bruxelles entre le négociateur en chef européen Michel Barnier et le ministre britannique en charge du Brexit, David Davis. La quasi-totalité de la presse européenne a en effet choisi d’ignorer le Brexit, préférant quand – elle en parle – déplorer la confusion politique pitoyable régnant en Grande Bretagne, ou le grossier manque de préparation de l’équipe en charge de préparer la sortie de ce pays de l’Union.

D’autres chats à fouetter

Nullement une stratégie de négociation de sa part vis-à-vis de la Grande Bretagne pour laquelle le Brexit constitue désormais l’Alpha et l’Oméga, l’Europe a en fait bien d’autres chats à fouetter. Pendant que Londres s’attelle enfin aux négociations, que le pays et que ses politiciens tentent et croient faire monter les enchères pour mieux se faire valoir et se distinguer à l’intérieur, l’Europe est bel et bien passée à autre chose.

Qu’elle semble lointaine cette époque où Margaret Thatcher assénait son fameux «We want our money back» qui envoyait des ondes de chocs à travers l’Europe. Ironie suprême, c’est la France qui exige aujourd’hui 100 milliards d’euros à la Grande Bretagne en guise de facture pour le Brexit!

Avec une locataire de Downing Street devenue inaudible, le vide du pouvoir britannique achève d’installer fébrilité – voire panique – dans un pays à l’atmosphère empoisonnée qui ne pourra plus se préoccuper que de «brexiter» plusieurs années durant. Qu’il est loin ce temps où, préalablement au référendum, Michael Gove – un des fervents partisans du Brexit – assurait que «nous aurons toutes les cartes en mains le jour où nous quitterons l’Europe».

Selon un rapport tout récemment établi par l’association UK in a Changing Europe, un mauvais accord ou -autre possibilité- aucun accord du tout seraient une catastrophe pour un pays qui subirait dès lors la paralysie de ses centrales nucléaires, de ses compagnies aériennes, de ses chaînes d’approvisionnement combinée à un authentique chaos juridique.

Tel qu’il est géré par ses dirigeants, ce Brexit mènera hélas à l’humiliation de la Grande Bretagne.n


 

 
 

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