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Les Balkans hantent l’Union européenne

mercredi, 02.08.2017

2/2. Les problèmes internes aux Balkans occidentaux ne disparaîtraient pas avec l’intégration au sein de l’UE

Andre Liebich Honorary Professor of International History and Politics

L’enthousiasme des Balkans pour l’Union européenne demeure très fort, au grand dam de la Russie qui peut pêcher dans les eaux troubles mais qui ne peut offrir aucune solution de rechange valable à l’adhésion à l’UE. Certains gouvernements, notamment en Serbie et en Albanie, ont même défini les dates auxquelles leur pays compte entrer dans l’Union, soit 2020 et 2022.

En même temps, l’UE souffre d’une «fatigue de l’élargissement». Même si Bruxelles le souhaitait, il est très improbable qu’elle obtienne l’accord des 27 membres actuels de l’Union qui doivent tous ratifier l’adhésion d’un nouveau membre.

Le blocage de la Grèce

Par ailleurs, instruit par l’expérience du passé, Bruxelles se rend bien compte que les problèmes internes aux Balkans occidentaux ne disparaîtraient pas avec l’intégration. Le conflit entre la République serbe et l’autre composante de la Bosnie-Herzégovine, la Fédération croato-bosniaque, conflit qui paralyse le fonctionnement de l’Etat, persisterait. Le Kosovo n’est pas reconnu par cinq membres actuels de l’Union européenne, l’Espagne, la Slovaquie, la Roumanie, la Grèce, et Chypre, à cause de leurs propres problèmes minoritaires et le dangereux précédant séparatiste que le Kosovo représente.

La Grèce bloque toute démarche macédonienne vers l’Union refusant d’accepter le nom que ce pays s’est attribué sous le prétexte que le nom reflète des ambitions irrédentistes envers la Grèce du nord, tandis que la Bulgarie ne reconnaît pas l’existence d’une nation macédonienne estimant qu’il s’agit de Bulgares.

L’Albanie a su garder son intégrité territoriale, malgré la crise économique menant à la guerre civile qui a sévi dans ce pays dans les années 1990. Actuellement, elle est confrontée au projet d’unification d’Albanophones de la péninsule, projet expressément refusé par la communauté internationale, mais qui fait son chemin en Albanie, au Kosovo, et parmi les Albanais de la Macédoine.

Face à ces problèmes, le fait que les membres occidentaux réitèrent leur engagement envers l’adhésion européenne des pays des Balkans occidentaux, comme ils le font à chaque réunion du processus de Berlin, ces jours-ci à Trieste, sonne creux.

Tout le monde a en tête l’exemple de la Turquie qui a posé sa demande d’adhésion il y a trente ans et qui est reconnue par l’UE comme candidat de plein droit depuis près de vingt ans. Elle n’est toujours pas membre et la perspective de l’accueil de la Turquie ne cesse de s’éloigner. Par ailleurs, depuis la fermeture de la route balkanique pour les réfugiés venus de l’est, suite à un accord entre la Turquie et l’UE, les pays des Balkans occidentaux ont perdu l’occasion de montrer leur zèle européen en fermant leur frontières aux réfugiés et ils ont perdu un puissant levier vis-à-vis Bruxelles.

Le projet d’une union

douanière balkanique

Pour compenser le fait que les pays des Balkans occidentaux ne verront pas tenues les promesses d’adhésion, les Occidentaux multiplient les offres de projets régionaux. A Trieste, comme à Paris l’année dernière et à Vienne et à Berlin les années précédentes, on propose des projets d’infrastructure, par exemple, des liaisons ferroviaires entre plusieurs Etats. On évoque le projet d’une union douanière balkanique et on s’engage à ne pas se laisser distraire par de querelles bilatérales.

Les pays bénéficiaires acceptent ces cadeaux mais ils insistent sur le respect des promesses d’adhésion, proférées dans d’autres circonstances et à une autre époque.

L’Union européenne reste embarrassée. Les pays des Balkans occidentaux demeurent frustrés. On ne peut que se demander sur quoi débouchera une telle situation?n


 

 
 

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