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Les Balkans hantent l’Union européenne

vendredi, 28.07.2017

1/2. Seulement quatre des six pays sont officiellement candidats à l’adhésion

Andre Liebich*

Dans les années 1990, en plein choc de la désintégration sanglante de la Yougoslavie, l’Union a déclaré que «l’heure de l’Europe» avait sonné et qu’elle allait régler les séquelles de la décomposition de l’Etat. Il n’en était rien. 

Ce n’est que l’intervention américaine, formalisée par les Accords de Dayton en 1995 qui ont établi la configuration actuelle de la Bosnie-Herzégovine, et l’intervention au Kosovo en 1999 de l’OTAN, encore sous les auspices américains, qui ont mis un terme à la phase militaire de la crise yougoslave.

L’expansion à l’Est

L’Union européenne s’est vue réconfortée dans sa philosophie intime: il n y a pas de salut en dehors de l’UE. Si les pays ex-yougoslaves avaient fait partie de l’Union, se disait-on à Bruxelles, le démembrement de la Yougoslavie se serait déroulé de manière pacifique. Ce n’est qu’en intégrant de nouveaux membres dans son sein qu’il allait y avoir une zone de paix et de stabilité en Europe. 

C’est cette philosophie qui a présidé à l’expansion de l’Union à l’est. Cinq pays ex-communistes, 

la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, et la Slovénie ainsi que les trois pays baltes, faisant partie de l’Union soviétique pendant une cinquantaine d’années, ont été admis à l’Union européenne en 2004. Deux pays balkaniques, la Roumanie et la Bulgarie, ont suivi en 2007. Finalement, c’est la Croatie, ex-république yougoslave comme la Slovénie, qui a adhéré en 2013.

Déjà pendant ce processus Bruxelles a connu des déceptions. En 2004 l’Union a menacé de ne pas admettre Chypre tant que l’île n’aurait pas surmonté le partage territorial qui durait depuis trente ans entre Chypriotes grecs et turcs. Le plan Annan proposait un schéma pour l’unification de l’île pour répondre au critère stricte de l’Union: pas d’adhésion avant de régler les problèmes internes ou les problèmes avec les voisins. Le plan Annan a été rejeté en votation populaire. Chypre, toute divisée qu’elle était, a été admise dans l’Union européenne. 

Après cette première douche froide, l’Union a constaté que les pays qui remplissaient fidèlement les conditions qui leur étaient imposées pendant le processus d’adhésion, les bafouaient une fois rentrés dans l’Union.

C’était le cas pour les politiques lettones et estoniennes envers leurs minorités russes, un dossier dans lequel l’Union européenne s’est impliquée à fond avant l’adhésion des pays baltes et dans lequel elle avait cru, à tort, pouvoir compter sur la collaboration et la compréhension des pays concernés. Une fois admis dans l’Union le nombre de naturalisations, l’indice principal de l’intégration des minorités, a chuté vertigineusement. 

La crise ukrainienne et le Brexit

D’autres déceptions ont tardé à se manifester. Aujourd’hui la Hongrie et la Pologne font fi des normes et valeurs européennes, tout en profitant de grosses subventions de l’Union. La Roumanie et les Bulgarie demeurent des pays pauvres et corrompus une décennie après avoir été admis dans l’Union européenne.

En plus, l’Union européenne a connu des ébranlements internes à l’ouest qui se sont manifestés par une alarmante montée du populisme et un euroscepticisme généralisé, concrétisés en 2016 par le vote britannique en faveur du «Brexit», soit la décision de quitter l’Union européenne. 

En même temps, les crises sur la périphérie de l’Union se sont multipliées, notamment en Ukraine. Une Russie résurgente et une Turquie nouvellement active n’ont pas caché leurs ambitions diplomatiques dans une région où elles avaient des racines historiques et des appuis actuels. Le principal membre de l’Union et celui le plus intéressé par les Balkans, l’Allemagne, a constaté qu’il fallait réitérer l’engagement de l’Union envers les six pays des Balkans occidentaux: la Serbie, la Macédoine, le Monténégro, l’Albanie. La Bosnie-Herzégovine, et le Kosovo.

Le processus de Berlin

C’est ainsi qu’est né le processus de Berlin qui organise des réunions annuelles depuis 2014, la dernière en date tenue à Trieste ce 12 juillet. Ces réunions regroupent les pays des Balkans occidentaux, y compris les deux qui sont déjà membres de l’Union, la Slovénie et la Croatie, ainsi que plusieurs autres membres de l’Union; en premier lieu, l’Allemagne mais aussi les pays qui ont accueilli les conférences de 2015, 2016 et 2017: l’Autriche, la France, et l’Italie. 

A Trieste cette année, le président français Macron et la chancelière allemande Merkel ont accepté de prendre la parole, soulignant ainsi l’importance de l’évènement.

Mais il s’agit d’une quadrature du cercle. Quatre des six pays des Balkans occidentaux sont officiellement candidats à l’adhésion, deux autres, le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine, sont des «candidats potentiels». Tous ces pays, y compris les «candidats potentiels», ont conclu des accords de stabilisation et association qui représentent, normalement, un pas important vers l’adhésion.

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*Honorary Professor of International History and Politics


 

 
 

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