Questions sur la hausse des marchés émergents

mercredi, 19.07.2017

Les récents événements ont fait apparaître l’intégration des actifs émergents dans les flux mondiaux.

Philippe G. Müller*

Les récents événements ont fait apparaître l’intégration des actifs émergents dans les flux mondiaux et un appétit pour le risque qui ne se dément pas du côté des investisseurs. Le fournisseur d’indice MSCI a enfin inclus les actions chinoises cotées dans son indice des marchés émergents et a indiqué qu’il ferait peut-être de même pour l’Arabie saoudite l’an prochain. 

L’Argentine a émis des emprunts d’Etat à 100 ans - il s’agit du premier Etat noté B à entreprendre cette démarche - et les commandes des nouvelles euro-obligations russes ont été deux fois plus importantes que le volume offert. Le premier semestre 2017 se termine ainsi positivement pour les actifs de la région. L’indice MSCI des Marchés Emergents s’est apprécié cette année, dépassant nettement l’indice d’actions mondiales MSCI (principal indice de référence des emprunts d’Etat) et les obligations en monnaie locale s’inscrivent également en hausse de 5 à 9 points de pourcentage. 

Néanmoins, les marchés se sont montrés nerveux ces dernières semaines et se demandent si les moteurs de la performance des marchés émergents continueront à tourner jusqu’à la fin de l’année. Le Chief Investment Office (CIO) d’UBS a identifié quatre questions clés.

Vers une croissance mondiale de 7,3%

La croissance mondiale marque-t-elle le pas? La récente faiblesse observée aux Etats-Unis et le ralentissement de l’économie chinoise jettent un doute sur la synchronisation de la reprise mondiale en cours. Selon le CIO d’UBS, l’évolution positive des créations d’emplois et de la consommation peut se traduire par une croissance de 2,2% de l’économie américaine cette année, tandis que le ralentissement de la Chine intervient dans les limites du réglage fin des mesures politiques visant à limiter la dette et à apaiser le marché de l’immobilier résidentiel. L’Europe et le Japon restant sur la voie d’une légère reprise, les analystes d’UBS prévoient une croissance mondiale de l’ordre de 3,7% cette année, contre 3,1%.

Le resserrement monétaire des Etats-Unis empêchera-t-il une reprise des marchés émergents? La hausse des taux américains signifie généralement un accroissement des flux de fonds vers les Etats-Unis, aux dépens des marchés émergents. Si la Réserve fédérale (Fed) a relevé à quatre reprises ses taux en 18 mois, le taux des fonds fédéraux reste inférieur à 1,25%, ce qui est encore loin des 3% que les dirigeants de la Fed envisagent pour 2019. Autrement dit, la Fed devrait maintenir une politique souple et relever ses taux par paliers, afin de ne pas drainer brusquement les fonds des marchés émergents.

Le dollar US se raffermira-t-il? Une hausse du dollar est susceptible de malmener les monnaies émergentes et les rendements des actifs libellés dans lesdites monnaies. Etant donné l’intention clairement affichée par la Fed d’avancer à petits pas - hypothèse escomptée par les marchés - il est peu probable que la politique entraînera une hausse du billet vert. En fait, selon le CIO d’UBS, le dollar est surévalué face à l’euro et devrait fléchir face à la monnaie unique dans douze mois. Quant aux monnaies émergentes, aucun affaiblissement significatif ni une reprise ne sont à prévoir. 

Et les matières premières? Les craintes liées au bas niveau des cours pétroliers ont récemment gagné d’autres matières premières. Toutefois, les analystes d’UBS estiment que ce bas niveau est essentiellement le résultat d’une offre excédentaire. Les faibles cours d’autres matières premières, comme le minerai de fer, reflètent les attentes d’un assouplissement du cycle immobilier en Chine, mais un repli plus généralisé des matières premières, sous l’effet du recul de la demande, ne fait pas partie du scénario de base établi par le CIO d’UBS.

De ce fait, si les questions au sujet du rebond des actifs des marchés émergents sont tout à fait légitimes, l’environnement est propice à la prise de risque et le CIO d’UBS recommande donc de détenir des actifs émergents dans le cadre d’un portefeuille bien diversifié. 

Les bénéfices se sont adjugé 9% cette année après cinq années de croissance stable à négative, contribuant pour plus de la moitié aux rendements enregistrés par les actions des marchés émergents.

 *Economiste responsable pour la Suisse romande, Chief Investment Office d’UBS


 

 
 

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