Un nouvel ordre ancien

mardi, 11.07.2017

Comment les événements du Qatar s’inscrivent dans les changements profonds du système mondial.

Stef de Jong*

Lors d’une conférence donnée à Genève à la EU Business School intitulée «the New World Order and Allied Impact», le Dr. R. Seetharaman, CEO du Groupe Doha Bank, s’est exprimé au sujet de l’évolution récente des alliances et de l’ordre nouveau qu’elles impliquent. Il met en perspective les récents événements concernant le Qatar avec les changements profonds du système mondial. 

Est-ce que l’on assiste à un nouvel ordre mondial? Ou est-ce l’éternelle bascule entre globalisation et protectionnisme? La nouvelle administration américaine tweete activement, le brexit anglais peut être soft ou hard, mais le Qatar continuera à investir en Grande Bretagne. S’opposer au commerce (le TPP) n’aidera pas ce monde, et ne permet pas non plus d’échapper aux tendances. En effet, tout ça n’est pas un nouveau monde, ce sont les aléas de l’ancien.

Le nouveau monde se doit de tendre vers les «17 objectifs pour transformer notre monde» énoncés par l’ONU: la croissance doit être durable. Le grand changement, c’est la convergence entre les écosystèmes digitaux et les modèles d’affaires.

Il y aura cent milliards d’objets interactifs en 2025: votre voiture aura son compte en banque personnel, des robots feront partie de votre ménage en déclarant leurs revenus, vous pourrez télécharger du savoir dans votre cerveau, et Elon Musk vous promet, par Neuralink, des produits neurologiques. Des blockchains permettront des transactions rapides et fiables, les produits seront imprimés en trois dimensions et les robots vous les feront parvenir par drone. C’est une évolution transversale, qui concerne le monde entier. 

Rupture de route ou marqueur du temps?

Tout est opportunité, tout est potentiel: la redéfinition de l’industrie avec la robotique, la nouvelle médecine, les objets qui communiquent et vous qui devez vous développer en tant que marque individuelle, en vous réinventant continuellement – tout cela est un mélange d’opportunités d’affaires et d’humanité. Humanité, parce que les media ouverts permettent d’aller vers plus de justice sociale.

Le 5 juin, peu après la visite de Donald Trump en Arabie Saoudite, des états de la région posent 13 conditions au Qatar. Les raisons semblent évidentes, mais, comme le spécifie le Dr. Seetharaman, rien ne pourra enfreindre la souveraineté du pays. Tout cela constitue autant d’opportunités pour redéfinir le «business model». L’objectif général de la gouvernance doit désormais être de viser à permettre l’autosuffisance.

On a vécu trente années de crises financières avec des cycles régulateurs, des crises de dettes nationales, des guerres de taux de change où chacun cherche sa pente descendante la plus compétitive, des guerres de commerce, des économies toujours plus émergeantes, du «shadow banking» – où un secteur bancaire se développe en parallèle –des bulles qui explosent dans la sur-utilisation de l’effet de levier (la chute de la maison Lehman),  et des crises de liquidité qui incitent les banques centrales à émettre de la monnaie pour rallumer l’économie et réguler le secteur bancaire, pour voir si les banques résistent bien au stress. Aujourd’hui, on assiste à un retour à la dérégulation.

Ces crises financières nous ouvrent l’opportunité de devenir plus éthique. Le «Green banking», la banque verte, permet de créer des valeurs. Le durable, c’est la vraie économie, qui se base sur le fait d’être un bon citoyen, une bonne marque, un bon pays. 

Le niveau de la mer qui monte, les températures qui varient - il y a des trends qui sont durs, des "hard trends", et d’autres qui sont "soft" -  cela change la possibilité de gérer. 

C’est un effort continu, tel celui du violoniste qui dit que s’il ne travaille pas pendant trois mois, son public le remarquera,  s’il ne travaille pas pendant deux semaines, sa femme le remarquera, mais s’il ne travaille pas pendant une journée, il le remarquera lui-même. Cela s’applique aux affaires comme à la religion. Les gagnants et les perdants partagent une fine ligne de différence.  

Et le challenge que traverse le Qatar actuellement n’est pas un challenge financier, ni d’affaires.  

Depuis 1995 il y a eu un progrès notable aux niveaux économique Le pays soutient toute mesure contre le blanchiment d’argent et le système bancaire jouit d’une note élevée en matière de compliance. 

* Doyen EU Business School 


 

 
 



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