Zone euro: les actions toujours attractives?

mardi, 11.07.2017

1/2 Ces dix dernières années, les actions européennes ont été boudées par les investisseurs internationaux.

Marco Bonaviri*

La débâcle  de la dette européenne et le sauvetage  de la Grèce en 2010 ont contribué au sentiment longtemps négatif vis-à-vis de la «vieille» Europe. Une faible productivité, la faiblesse des institutions et la pénétration élevée des syndicats sont souvent évoquées pour expliquer la défiance des investisseurs vis-à-vis de l’Europe. 

Du point de vue de l’investissement, ce manque d’intérêt s’est trouvé justifié par le fait que les actions européennes ont sous-performé les actions américaines de plus de 90% depuis le plus fort de la crise financière mondiale en 2009.

Le manque de solidité financière s’est également manifesté sur le marché des changes, avec une baisse de 30% de l’euro par rapport au dollar US depuis son plus haut atteint en 2008. 

Nous avons toutefois observé récemment que le sentiment à l’égard des actions européennes, notamment vis-à-vis des actions de la zone euro, a évolué de façon spectaculaire, les stratèges actions internationaux passant à une surpondération d’ampleur telle à rendre le positionnement bondé.

Prévisions de croissance à 18%

En premier lieu, la contraction des bénéfices constatée en 2015-2016 a pris fin et les prévisions de croissance des BPA des analystes pour les actions de la zone euro en 2017 s’établissent à 18%, niveau le plus élevé parmi les régions développées. Fait intéressant, ce n’est que la deuxième fois en dix ans que les prévisions de croissance des bénéfices pour la région ont été rehaussées depuis le début de l’année, contrairement à la tendance de révisions à la baisse observée chaque année depuis 2011. 

L’on aurait pu craindre que des anticipations aussi exigeantes ne débouchent sur des déceptions lors de la publication des bénéfices et que les entreprises n’atteignent pas les prévisions lors de la saison des résultats. Il n’en a rien été. 

Les actions de la zone euro ont enregistré un solide premier trimestre 2017, apportant la plus belle surprise depuis sept ans avec une croissance de 20% des BPA sur un an et une hausse de 9% des chiffres d’affaires d’une année sur l’autre. 

En outre, 61% des entreprises ont dépassé les prévisions de BPA de 8%, et 80% ont dépassé les prévisions de chiffre d’affaires de 3%. De surcroît, la croissance des BPA s’est montrée généralisée, l’ensemble des secteurs hormis les services aux collectivités et l’immobilier ayant enregistré une croissance positive. 

L’effet de base associé aux matières premières a permis aux secteurs de l’énergie et des matériaux d’afficher la plus forte croissance des bénéfices et des chiffres d’affaires, et le récent rebond de l’activité économique a contribué à l’amélioration de la rentabilité des entreprises cycliques.

Les écarts de valorisation restent importants

L’autre argument qui plaide en faveur des actions de la zone euro concerne les valorisations. Certes, avec un PER à 12 mois de 15,5x, niveau supérieur de 15% à la médiane sur 10 ans, les actions de la zone euro ne semblent plus bon marché. 

Cependant, d’un point de vue relatif, les écarts de valorisation avec les autres marchés actions et les autres classes d’actifs restent importants et proches des sommets observés durant la crise. Selon notre indicateur composite de valeur normalisée, les actions de la zone euro sont bon marché par rapport aux actions américaines, un constat confirmé par la décote extrême qu’affiche le ratio cours-valeur comptable relatif neutre du point de vue sectoriel. 

De plus, le rendement du dividende des actions de la zone euro atteint 3,1%, soit nettement plus que le rendement de 2% des actions américaines et que le rendement  de 2,6% perçu par les porteurs d’obligations européennes à haut rendement. En termes de performance, les actions de la zone euro sous-performent encore les actions américaines de plus de 100% en monnaie locale depuis la crise financière, et ce en dépit de leur récente surperformance. Plus frappant encore, les BPA dans la zone euro restent inférieurs de 32% à leurs plus hauts d’avant la crise, tandis que ceux aux Etats-Unis sont supérieurs de 21% à leurs sommets d’avant-crise. 

Par rapport aux creux atteints durant la crise financière, les BPA sur 12 mois glissants aux Etats-Unis ont augmenté de 139% contre seulement 45% dans la zone euro, ce qui représente un écart de croissance de 94%. 

Selon nous, les actions de la zone euro sont désormais sur le point de rattraper leur retard et de réduire l’écart en termes de performance et de croissance des BPA par rapport aux actions américaines, et devraient également se redresser par rapport aux obligations européennes.

Suite dans notre prochaine édition

*Senior portfolio manager auprès de la Banque Reyl


 

 
 



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