Un centre plus fort devrait émerger de la cacophonie du populisme

lundi, 10.07.2017

Mais la victoire du libéralisme économique et politique ne serait pas pour autant assurée.

Michael Strobaek*

Les récents résultats électoraux suggèrent que les populismes de droite et de gauche pourraient être plus contenus que ce que l’on craignait et qu’un «centre raisonnable» reprend le dessus en politique. Les risques politiques pour les marchés financiers pourraient donc reculer, mais les espoirs d’une vague de réformes libérales seront probablement déçus.

En 1989, à la fin de la guerre froide, Francis Fukuyama a publié un article souvent cité proclamant la «fin de l’histoire» et la «victoire définitive du libéralisme économique et politique». La décennie suivante a corroboré cette thèse: l’Europe de l’Est et la Russie ont évolué pacifiquement vers une démocratie à l’occidentale, la Chine a pénétré le système du libre-échange, et une mondialisation débridée s’est propagée.

Mais, comme nous le savons aujourd’hui, ce processus qui semblait inéluctable a subi d’importants revers lorsque des forces religieuses longtemps réprimées ont émergé au Moyen-Orient et défié l’Occident, avant de se retourner les unes contre les autres dans des conflits religieux et ethniques sanglants. Parallèlement, les excès du boom financier - sans doute provoqués par une foi exagérée dans les mécanismes autocorrecteurs du libre marché - ont abouti à la pire crise financière et à la plus profonde récession de l’après-guerre. La victoire définitive du libéralisme économique et politique annoncée par Fukuyama paraissait vouée à l’échec, tandis que des «sociétés en colère» semblaient devenir une description bien plus juste des moteurs de la vie politique occidentale.

La colère peut aussi conduire au progrès

On pourrait supposer que la colère alimente l’irrationalité, le radicalisme ainsi que l’instabilité politique et économique. Or ce n’est pas forcément le cas. La colère - ou, pour utiliser une expression moins dramatique, le mécontentement à l’égard des affaires courantes - peut également conduire au renouvellement et au progrès. En effet, les élections de cette année en Europe, qui ont vu la défaite des parties populistes de droite, suggèrent que les citoyens prennent plutôt cette direction: ils recherchent la stabilité et les réformes tout en rejetant le populisme hargneux qui n’a aucune vraie solution à offrir aux grandes problématiques d’aujourd’hui. A l’inverse, rien n’indique que la gauche radicale profite de cette tendance.

Cette situation me donne à penser que les électeurs ont effectivement commencé à délaisser les extrêmes pour revenir vers le centre. Emmanuel Macron a remporté les élections françaises avec un programme ouvertement centriste. En Allemagne, les élections régionales ont récemment renforcé la position de la CDU centriste d’Angela Merkel. Néanmoins, même si le SPD et Martin Schulz devaient l’emporter en septembre, cela n’indiquerait pas que l’électorat prend un tournant radical. Les électeurs semblent vouloir des responsables politiques qui proposent des solutions pragmatiques, plutôt que des recettes simplistes, aux problèmes complexes actuels.

Dans l’ensemble, les craintes de déstabilisation politique majeure et de perturbations du système semblent donc exagérées, ce qui pourrait expliquer pourquoi les marchés (ceux des actions en particulier) sont restés si stables et calmes jusqu’à récemment en dépit de valorisations assez tendues. Cela signifie-t-il que nous connaîtrons finalement la victoire du libéralisme économique et politique annoncée par Francis Fukuyama? Ce scénario reste peu probable, selon moi, pour trois raisons: premièrement, dans notre monde multipolaire, les intérêts nationaux et régionaux prendront le pas sur ceux qui encouragent le libre marché et la mondialisation à tout-va. Deuxièmement, la méfiance vis-à-vis des solutions de marché n’a pas disparu, notamment du fait des «méfaits» commis durant la crise financière. 

Et troisièmement, les populations vieillissantes (l’«économie des seniors») sont peu susceptibles de défendre une libéralisation et des réformes conséquentes, d’autant que bon nombre des grands problèmes économiques actuels exigeraient une redistribution des ressources entre les anciennes et jeunes générations. Les modèles politiques vers lesquels nous nous dirigeons seront donc plus vraisemblablement des formes variées de démocratie sociale-libérale. Du point de l’investisseur, celles-ci sont certainement largement préférables au populisme radical de droite ou de gauche. Dans le même temps, les espoirs de vigoureuses réformes libérales seront probablement déçus.

 *Global Chief Investment Officer, Credit Suisse


 

 
 



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