L’évolution du tourisme va accélérer

jeudi, 06.07.2017

Le secteur est en plein bouleversement alors que le rythme des changements de destinations et l’évolution de habitudes se précipitent.

Marie Owens Thomsen*

L’homo sapiens s’est toujours déplacé; pour échapper aux dangers, pour mieux se nourrir, pour conquérir, et pour faire du commerce. L’évolution du tourisme est intimement lié avec celle de l’homme. Evidemment, les moyens de transports disponibles ont conditionné le tourisme à chacune des époques. Le développement des infrastructures tels que les hôtels et les restaurants et d’autres services aux voyageurs a permis la croissance du secteur touristique. Mais cela n’est pas tout, encore a-t-il fallu trouver des destinations d’intérêt, et des voyageurs potentiels disposant du temps des moyens pour pouvoir s’offrir le luxe de voyager. Se déplacer uniquement pour le plaisir est un phénomène relativement récent qui a éclos au 18e siècle, époque à laquelle il était devenu de rigueur de faire «le Grand Tour» pour visiter des villes historiques et de beauté surtout en Italie. La Suisse en faisait aussi partie, comme en témoigne les séjours notables de Lord Byron et le couple Percy et Mary Shelley sur les bords du Léman au 19e siècle. 

Voyages organisés

Les voyages organisés ont été lancés par Thomas Cook qui proposait alors la première excursion à but lucratif (pour lui-même) en 1845. En 2016, le UNWTO (Organisation Mondiale du Tourisme) révèle que 1235 millions de touristes sont arrivés à destination. Sur une population mondiale de 7500 millions de personnes, 16% ont voyagé en 2016, soit 46 millions de personnes de plus qu’en 2015. Depuis 2009, les arrivés des touristes dans les 132 villes les plus visitées au monde ont augmenté de près de 54%, contre une augmentation du produit intérieur brut réel mondial sur la même période légèrement supérieure à 20%. Chaque année depuis 2009, le tourisme a augmenté malgré les défis liés à la sécurité qui se reflète néanmoins dans les chiffres. 

Par région, l’Asie a enregistré en 2016 la croissance la plus importante (+8%) au même niveau que l’Afrique. Les Amériques ont connu 4% de croissance, tandis que l’Europe n’a vu que 2% d’augmentation et le Moyen Orient a perdu 4% de visiteurs. Bien sûr, la moindre croissance de visiteurs en Europe doit aussi se mesurer par rapport au nombre total de touristes où cette région est de loin le numéro un dans le monde avec 620 millions de personnes, soit 50% du tourisme mondial. L’Asie-Pacifique est la deuxième région avec 303 millions de personnes et 25% du total. Ensuite viennent les Amériques à 201 millions et 16%, l’Afrique à 58 millions et 5%, et finalement le Moyen Orient avec 54 millions de touristes et 4% du total. 

Bangkok en tête

Les villes les plus visitées en 2016, selon le Mastercard Global Destination Cities Index, ne sont peut-être pas celles auxquelles vous pensez puisque Bangkok arrive en tête avec 21,5 millions de visiteurs. Suivent dans l’ordre, Londres à 19,9 millions, Paris à 18 millions, Dubaï à 15,3 millions et finalement New York à 12,8 million pour les premières cinq villes. Les cinq suivantes sont Singapour, Kuala Lumpur, Istanbul, Tokyo et Seoul. Sur les 20 premières villes, seul huit sont européennes, devancées par neuf villes d’Asie. Shanghai est la seule ville parmi ces 20 qui reçoit d’avantage de visiteurs pour les affaires que pour les loisirs. 

Le top 20 des villes dont la croissance est la plus forte en termes de nombre de visiteurs en 2016 ne contient que peu de villes présentes dans le top 20 en niveau absolu. Il s’agit dans l’ordre d’Osaka (Japon), Chengdu (Chine), Abu Dhabi (EAU), Colombo (Sri Lanka), Tokyo (Japon), Riyadh (Arabie Saoudite), Taipei (Taiwan-Chine), Xi’An (Chine), Téhéran (Iran), et Xiamen (Chine) pour le top 10. La ville d’Osaka témoigne d’une nouvelle tendance consistant à attirer des voyageurs surtout des pays avoisinants. La ville a accueilli 13% de visiteurs supplémentaires en 2016 par rapport en 2015. Seul 11% des visiteurs arrivant à Osaka viennent d’en dehors de l’Asie-Pacifique, et la majorité, 33%, viennent de la Corée du Sud, suivi par la Chine à hauteur de 25%. La ville européenne avec la plus forte croissance est Hambourg, et huit des dix premières villes européennes en termes de croissance se situent en Europe de l’Est. En Amérique latine, Lima (Pérou) est à la fois le leader dans la région en nombre de visiteurs en absolu ainsi qu’en terme de croissance. Dubaï est la ville où les touristes dépensent le plus. En général les touristes dépensent le plus d’argent sur le shopping, mais à Jakarta et à Hanoi c’est l’hébergement qui grève le plus le budget. 

Bouleversement à venir

On se rend alors compte que l’accélération du rythme de changements des destinations est en train de bouleverser le secteur touristique. Les villes leaders de demain se trouveront probablement en Asie et notamment en Chine, aussi encore en Europe mais vraisemblablement plus en Europe de l’Est. La révolution technologique change la manière dont les voyages sont achetés, dont les voyageurs se logent, et identifient des attractions et des activités. La démographie et les envies alimentent aussi ces changements. Les personnes âgés sont toujours plus nombreuses et les jeunes ont de nouvelles attentes. La seule chose qui semble constante dans ce domaine est le désir quasi insatiable de s’évader. Personnellement, je vais m’évader en Suisse, et profite de cette occasion pour souhaiter de très bonnes vacances à tous nos lecteurs. 

* Global Head of Economic Research, Indosuez Wealth Management


 

 
 



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