La réussite vaudoise marque le pas

lundi, 03.07.2017

Pour la troisième année de suite, grâce à la péréquation fédérale, le canton va recevoir de l’argent.

Claudine Amstein, directrice de la CVCI

Vaud... «canton pauvre», comme l’ont titré plusieurs médias il y a une semaine? C’est évidemment caricarutal. Mais le fait est que l’Etat cantonal va recevoir de l’argent de la Confédération l’année prochaine, pour la troisième année de suite, grâce à la péréquation fédérale. Une évolution inquiétante, qui montre que notre région perd en dynamisme financier. Et qui risque surtout d’avoir des conséquences pénibles pour tous à moyen et long terme.

Il y a toutefois lieu de préciser un point important: le canton de Vaud ne passe pas dans le camp des bénéficiaires de la manne fédérale parce que ses recettes fiscales régressent. Les revenus de l’impôt sur les personnes physiques ont au contraire augmenté de 1,9% entre 2015 et 2016 tandis que l’impôt sur le bénéfice apportait 5,3% de recettes supplémentaires. Et cela malgré une baisse du taux d’un demi-point du second.

Le problème, c’est que d’autres cantons font mieux. Ils partent évidemment de situations parfois nettement moins enviables, que ce soit en termes de gestion des deniers publics ou des rentrées fiscales. Mais la tendance y est actuellement plus positive que dans le Pays de Vaud et le phénomène de rattrapage semble bien enclenché.

Pour ne rien arranger, notre canton a pris la très mauvaise habitude, au cours des dix dernières années, d’accroître ses dépenses à un rythme plus élevé que celui de l’expansion économique et démographique. La progression des charges a ainsi connu un pic de +5,5% en 2011, avant de ne ralentir que très lentement. L’augmentation des dépenses publiques était encore de 3,8% en 2015 et de 2,2% en 2016. Un taux à mettre en relation avec une progression du PIB cantonal de 1,4% seulement l’an dernier, pour une augmentation du nombre d’habitants de 1,4% également. Les raisons de ce dérapage sont bien sûr multiples, mais le fait que notre canton se caractérise par l’une des fiscalités parmi les plus lourdes de Suisse y contribue largement.

Alors que faire? Ajuster le tir relève du pur bon sens. Et l’une des voies à privilégier consiste à favoriser l’emploi, les investissements et l’activité économique, c’est-à-dire permettre aux entreprises de se développer. La réforme vaudoise de l’imposition des entreprises (RIE III-VD), qui permettra aux PME d’investir davantage grâce aux moyens financiers accrus dont elles bénéficieront suite à la baisse du taux d’imposition, doit être mise en vigueur rapidement. Les chiffres des revenus fiscaux de 2016 montrent bien qu’une baisse du niveau de l’impôt peut se traduire par une… hausse des recettes fiscales.

Dans le même temps, il est indispensable de stabliser le budget de l’Etat et de cesser d’augmenter les charges salariales et les impôts. Une nouvelle assurance dentaire cantonale, qui ponctionnerait ménages et entreprises (via une taxe arbitraire sur les boissons sucrées), n’a ainsi aucune raison d’être. Notre priorité doit aller au rétablissement d’un canton compétitif, aux investissements nécessaires et urgents, que ce soit dans les infrastructures routières ou la formation. Pas à l’extension de l’Etat social… dans un canton qui assure déjà des prestations maximales en Suisse. Les chiffres de la péréquation financière fédérale doivent être interprétés comme un signal d’alarme.


 

 
 



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