Economie circulaire: il faut boucler les boucles

lundi, 03.07.2017

L’épuisement des ressources est un thème récurrent. Une vision en cycles s’impose.

René Longet, expert en développement durable

Le régime hydrologique est perturbé en maints endroits de la Terre, si bien que d’ici peu, près d’un tiers de la population mondiale connaîtra le stress hydrique.

Les effectifs de nombreuses espèces animales et végétales ont bien rétréci et certaines ont déjà disparu. Les océans sont surpêchés et le renouvellement des stocks de poisson n’est pas garanti. En 50 ans, l’extraction annuelle de matières non renouvelables a été multipliée quasiment par quatre.

Pour sortir de là, il nous faut quitter l’axiome extraordinairement fragile sur lequel la révolution industrielle a été fondée: je prends dans la nature; je transforme et consomme; je jette. Selon cette représentation, les capacités de la nature à produire des ressources et à digérer nos déchets sont réputées illimitées.

Certes, depuis le rapport au Club de Rome de 1972, l’épuisement des ressources est un thème récurrent et, même si l’on diverge sur le rythme de leur raréfaction, il est incontesté qu’elles auront une fin. D’ores et déjà, l’on doit se rabattre sur des filons nettement moins productifs et investir davantage d’énergie pour extraire de la Terre des matériaux en moindre concentration.

Dès lors, une vision en cycles s’impose, et c’est bien cela qui a permis à la nature de perdurer depuis les origines.

Pour l’économie circulaire, un déchet est une ressource au mauvais endroit. La première étape a été le recyclage - aujourd’hui bien installé dans nos mœurs, bien que son potentiel de progression soit loin d’être épuisé. Toutefois, même grandement augmentée, la récupération ne pourra pas tout régler, car à chaque cycle, on perd une partie des ressources. Cela est d’autant plus vrai quand des matières sont fortement mélangées ou dispersées (peintures, etc.); le recyclage a également son coût énergétique.

Si l’on n’actionne pas aussi d’autres leviers, on peut très bien se retrouver comme en Suisse: championne du recyclage mais qui ne parvient pas à réduire la quantité totale des déchets!

Agir à la source, c’est ainsi promouvoir la réparabilité, concevoir les produits dans ce sens, tirer son modèle d’affaires non pas de l’obsolescence rapide mais de l’entretien et de la longévité des biens: c’est l’économie de la fonctionnalité.

Pouvoir réparer des objets est aussi une forme de qualité de vie, fournit des emplois locaux fort utiles. L’option «zéro déchet» se propage au niveau du consommateur et Béa Johnson, Française installée en Californie, promeut cet objectif à travers cinq axes complémentaires: refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter. Moins c’est mieux, à tous points de vue!


 

 
 



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