Prévoyance 2020: sus aux contre-vérités

lundi, 03.07.2017

La réforme n’est pas parfaite. C’est le fruit d’un compromis. Elle a le mérite d’exister.

Olivier Sandoz, FER Genève

La campagne en vue de la votation du 24 septembre sur la réforme Prévoyance vieillesse 2020 est lancée. Les opposants n’hésitant pas à travestir la réalité afin de gagner ce qui pour certains semble être devenu un véritable combat, dans lequel la rationalité n’a plus sa place.

Petit florilège.

«Ce projet met en péril les assurances sociales»: rappelons que notre système de sécurité sociale a largement fait ses preuves. Il doit néanmoins être adapté à l’évolution de la démographie, tout en maintenant le niveau des rentes.  Sans cette réforme, l’état du Fonds AVS sera de 7 milliards en 2030 et de -43 milliards en 2035! Alors qu’avec la ladite réforme, il sera de 59 milliards en 2030 et encore de 35 milliards (au lieu de -43 milliards) en 2035. Quant au taux de conversion actuel, il ne correspond plus à l’espérance de vie et doit pouvoir être abaissé. C’est donc bien l’absence de réforme qui mettrait le système en péril.

«Les rentes AVS seront augmentées de 70 francs pour les nouveaux rentiers, riches ou pauvres. Cette réforme se fait sur le dos des retraités actuels»: contester le fait que ce montant soit versé sans distinction de ressources, c’est contester l’essence même de l’AVS. L’ex-Conseiller fédéral Tschudi, considéré comme le père de cette assurance, avait coutume de dire que les riches n’ont pas besoin de l’AVS, mais que l’AVS a besoin des riches. Quant aux retraités actuels, il est normal qu’ils ne touchent pas ces 70 francs. Cette réforme ne les concerne en rien. Ils ne verront pas leur taux de conversion diminuer. D’ailleurs, les principales associations qui s’engagent pour le bien-être des personnes âgées, comme Pro Senectute, soutiennent ce projet.

«Cette réforme se fait sur le dos des femmes»: il est vrai que l’âge de la retraite (âge de référence selon la nouvelle terminologie) sera petit à petit augmenté d’une année. Rappelons qu’à l’entrée en vigueur de l’AVS, l’âge de la retraite des hommes et des femmes était de 65 ans, alors même que l’espérance de vie était nettement plus faible qu’aujourd’hui. De plus, l’augmentation de 70 francs des nouvelles rentes AVS permettra aux femmes qui le souhaitent de quitter le monde du travail à 64 ans sans être trop pénalisées. Mais surtout l’abaissement de la déduction de coordination sera bénéfique pour les temps partiels et les bas revenus. Et donc pour les femmes. Ce n’est pas pour rien que Ruth Dreyfuss et Christiane Brunner, qui se sont toujours battues pour la cause des femmes, soutiennent ce projet.

«Les jeunes sont les grands perdants»: en quoi ceux-ci sont-ils perdants alors que la réforme vise précisément à consolider le système et à assurer sa viabilité à moyen terme? De plus, aujourd’hui, en raison d’un taux de conversion trop élevé, les caisses de pension doivent recourir à une partie du produit du capital des assurés actifs pour financer les rentes en cours, ce qui pénalise les jeunes, notamment.

«Nous pouvons sans aucun risque rejeter cette réforme, il existe un plan B»: rien n’est plus faux. Prévoyance 2020 est déjà le plan B. Depuis la 10e révision de l’AVS entrée en vigueur en 1997, toutes les autres révisions ont échoué. Il est donc urgent d’agir. Les opposants proposent de scinder Prévoyance 2020 en plusieurs paquets. Cela fait 20 ans que cette façon de faire échoue. Cette réforme n’est pas parfaite. C’est le fruit de compromis. Pour la gauche, l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes a du mal à passer. Tout comme pour notre Fédération l’augmentation de 70 francs des nouvelles rentes AVS. Il n’empêche, elle a le mérite d’exister, de pouvoir être acceptée le 24 septembre par le peuple et de constituer une première étape dans la voie de la pérennisation de notre système de sécurité sociale.


 

 
 



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