Le prix des logements de vacances sous pression

mardi, 20.06.2017

Le prix moyen stagne dans les Alpes suisses. Le phénomène est inverse en France et en Autriche.

Philippe G. Müller Économiste responsable pour la Suisse romande, Chief Investment Office d’UBS

Au cours des dernières années, plusieurs secousses ont ébranlé le marché des logements de vacances dans les Alpes suisses. Le double choc causé par l’appréciation du franc a affaibli la demande intérieure et extérieure. Parallèlement, l’adoption de l’Initiative sur les résidences secondaires a provoqué un essor de la construction dans les Alpes suisses.

Le taux de vacance moyen a ainsi presque doublé ces dernières années. Il n’est donc pas étonnant que le prix moyen des logements en propriété ait stagné depuis 2011 dans les destinations touristiques des Alpes suisses.

Dans la récente publication «Alpine Property Market Focus» du Chief Investment Office d’UBS, la région touristique de l’Engadine/Saint-Moritz (GR) occupe le haut du classement, avec un niveau prix de 14 000 francs au mètre carré, suivie de près par Gstaad (BE) et Verbier (VS). Hors de Suisse, Courchevel (France) devance Sankt Anton am Arlberg (Autriche) et Kitzbühel (Autriche), avec des prix dépassant 12 000 CHF au mètre carré.

Le mètre carré dépasse fréquemment 10.000 francs dans les Alpes, par exemple dans la région de la Jungfrau (BE), à Davos/Klosters, Laax ou Lenzerheide (GR). Même sur des marchés de plus petite taille, comme Arosa, Scuol (GR) ou Saas-Fee (VS), des prix supérieurs à 8000 francs ne sont pas rares. Si l’on souhaite débourser moins de 6000 francs par mètre carré, il faut concentrer sa recherche de logement de vacances sur des stations moins courues, telles qu’Ovronnaz (VS), Disentis (GR) ou Evolène (VS).

A Saint-Moritz, Gstaad et Verbier, les trois marchés les plus chers, les prix sont aujourd’hui plus bas qu’en 2012. Le CIO d’UBS observe un phénomène inverse dans les grandes destinations des Alpes françaises et autrichiennes, où les prix ont encore sensiblement augmenté ces dernières années. En Suisse, la baisse des prix ne se limite cependant pas aux trois stations de luxe.

Prix en baisse

Ainsi, l’an dernier, les prix ont baissé dans toutes les principales destinations des Grisons et du Valais (à l’exception d’Arosa et Zermatt), parfois de manière significative. C’est à Lenzerheide que la baisse a été la plus forte: près de 10% par rapport à l’année précédente.

L’adoption de l’Initiative sur les résidences secondaires a boosté la construction dans les Alpes suisses. Le taux de vacance moyen a ainsi presque doublé depuis 2012 et atteint actuellement 1,9%. Cependant, dans les dix destinations suisses les plus chères, les taux de vacance sont en majorité beaucoup plus faibles.

Seules Saint-Moritz, Verbier et Laax présentent un taux de vacance relativement élevé. A l’inverse, les marchés des logements de vacances étrangers tels que Kitzbühel, Megève ou Cortina d’Ampezzo enregistrent une bien moins bonne occupation des logements.

Au cours des prochaines années, la demande de logements de vacances ne devrait pas suivre la tendance de la demande globale des logements en Suisse. Les comportements de voyage, davantage axés sur la mobilité et les plateformes d’économie collaborative comme Airbnb, font baisser la demande de logements de vacances en propriété.

En outre, le principal groupe d’âge en termes de demande, les 50-55 ans, va voir sa taille diminuer au cours des prochaines années. Un changement de génération est aussi en train de se produire parmi les premiers acheteurs de l’époque, ce qui provoque une augmentation de l’offre de logements disponibles sur le marché.

A court terme aussi, l’évolution du marché présage de nouvelles baisses de prix pour les logements de vacances. Les perspectives pour les logements de vacances à Gstaad, Scuol, Saas-Fee, Lenzerheide, Anniviers (VS) et Engelberg (OW) sont plutôt positives.

En revanche, les données du marché à Davos, Crans-Montana et Zermatt sont peu réjouissantes.



 

 
 



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