La balle est dans le camp des politiques

mardi, 20.06.2017

Avec des taux proches de zéro, il n’y aura pas de reprise économique sans un réel courage politique.

Michel Santi www.artradingfinance.com www.gestionsuisse.com

Sept ans de croissance, et trois hausses de taux en quelques mois.

L’économie US est tout de même à l’aube d’une récession! De fait, en dépit de la politique monétaire qui y semble en cours de normalisation, les taux d’intérêt ne seront jamais – lorsque surviendra la prochaine mais imminente crise – à des niveaux qui autoriseront la Réserve fédérale à intervenir efficacement afin d’amoindrir et d’amortir ses effets pervers.

Les taux US ayant atteint le zéro absolu en décembre 2008, ils ont été relevés par trois fois ces mois derniers de 0.25 points de base à chaque fois. La balle sera donc réellement dans les mains des responsables politiques lorsque la prochaine récession sévira car les banques centrales seront à court de munitions.

A cet égard, les débats font rage sur la nature des stimuli qu’il convient d’adopter pour renflouer une économie car les mesures macro économiques prennent une tout autre coloration dès lors que les taux d’intérêt sont à zéro. En d’autres termes, ce qui peut être efficient quand les taux sont à 4% ne l’est certainement plus dans un contexte de taux nuls. En réalité, la situation actuelle est encore plus délicate que cela car les ralentissements économiques sont nettement plus durs à combattre s’ils surviennent peu de temps après une récession.

C’est ainsi que les simulations menées par la Réserve fédérale US, ayant pour objectif d’évaluer la manière dont son économie serait en mesure de gérer toutes sortes de chocs à la lueur des données historiques, ont abouti à des résultats anxiogènes.

Partant d’un taux d’intérêt «normal» de l’ordre de 4%, celui-ci a seulement 2% de chances d’atteindre 0% dans le cadre de la lutte contre une dépression. Ce résultat doit aujourd’hui être analysé à la lueur de la conjoncture actuelle car les temps ont effectivement bien changé dans la mesure où les taux d’intérêt se retrouvent à ou tout proche de 0.

Situation qui induit une asymétrie violente dans le fonctionnement d’une économie car, s’il est facile de lutter contre l’inflation en remontant les taux, la marge de manœuvre devient inexistante lorsque le plancher du taux 0 est atteint, que ce soit pour lutter contre la récession, ou pour simplement stimuler une forte croissance.

Préparons-nous donc, en conséquence, à des ralentissements économiques plus marqués que la moyenne historique, à des croissances nettement plus mièvres, à des taux de chômage endémiques et persistants, car les réajustements macro économiques seront d’autant plus lents et poussifs à se matérialiser que les taux d’intérêt sont proches du 0.

Pour autant, rien n’est complètement perdu, ni totalement désespéré, car une bouée de sauvetage dépassant le cadre de la banque centrale et de ses taux d’intérêt existe, à condition bien-sûr qu’elle soit exploitée.

Il s’agit, en l’occurrence, de la politique fiscale et budgétaire qui – à travers les leviers de l’augmentation de la dépense publique et de la baisse des impôts – fait office de stimuli en réalité bien plus efficients que ne l’est la politique monétaire d’une banque centrale. Stabilisateurs économiques, mécanismes pour relancer l’économie et la demande en période de tourmentes et d’incertitudes: certes, à condition d’en avoir le cran politique.


 

 
 

 
 
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