L’égalité salariale n’est toujours pas une réalité

vendredi, 16.06.2017

L’initiative jurassienne rappelle que les écarts restent importants entre hommes et femmes.

Véronique Kämpfen*

Une initiative vient d’être lancée dans le Jura pour concrétiser «une fois pour toute» l’égalité salariale entre femmes et hommes dans le canton. Le texte devrait sans problème récolter le nombre de signatures requis. 

Alors que ce principe est inscrit depuis des décennies dans la Constitution fédérale, il n’est toujours pas une réalité en bien des lieux et des secteurs. Au niveau fédéral, tous secteurs confondus, l’inégalité salariale entre les genres est de 15%, selon l’enquête suisse sur les salaires, basée sur des chiffres de 2014 et publiée le 31 mars 2017. Certaines régions font beaucoup mieux, comme Genève, avec 2,3% d’écart (chiffre au 23 mai 2017, il n’est donc plus statistiquement significatif). Malheureusement, cela signifie que d’autres cantons font moins bien. Le Jura semble faire partie de ceux-là. 

Certains spécialistes de la question réfutent les chiffres de l’enquête suisse sur les salaires et en avancent d’autres, qui dépeignent une situation plus ou moins dramatique. Cela dit, et quelle que soit la méthode retenue, on ne peut nier l’existence d’inégalités salariales. Ce fait est incompréhensible. En effet, si les entreprises faisaient exprès de moins payer les femmes pour économiser, pourquoi n’engageraient-elles pas que des femmes, surtout qu’elles sont de mieux en mieux formées? Puisque ce n’est manifestement pas le cas, les causes sont à chercher ailleurs. Elles sont difficiles à trouver, tant les situations personnelles et les parcours professionnels de chacun sont ardus à comparer. En tous les cas, affirmer, comme l’a fait Pierluigi Fedele d’Unia Transjurane à la RTS, que «dans le secteur privé, on peut de temps en temps considérer qu’on n’est pas soumis aux mêmes règles que les autres» n’est pas vrai non plus. 

Le secteur public fait un peu mieux que le secteur privé en termes d’égalité salariale, mais il ne frôle pas la perfection non plus. L’inégalité salariale est de 12,3% dans le public contre 15,1% dans le privé. La différence salariale inexpliquée, elle, est plus élevée dans le public que dans le privé. En clair, tout le monde doit balayer devant sa porte; il n’y a que très peu de bons élèves et des efforts doivent être faits partout. 

Ces efforts, parlons-en. L’initiative jurassienne demande que les entreprises soient contrôlées. Le parlement fédéral se prononcera aussi sur un texte similaire cet été. Ce dernier demande que toutes les entreprises de plus de cinquante collaborateurs soient soumises à un contrôle salarial tous les quatre ans. Si des inégalités sont constatées, elles devront se mettre en conformité. Cette proposition soulève plusieurs questions, qui seront au cœur des débats parlementaires: pourquoi fixer une limite à 50 collaborateurs, alors que l’on sait que les différences salariales sont plus marquées dans les petites structures? Comment faire en sorte que le contrôle soit objectif et qu’il permette la comparaison, le tout sans engendrer des coûts trop élevés? Ces mesures s’appliqueront-elles aussi au secteur public? Et à tous les cantons, même à ceux qui ont résorbé ces différences? Qui contrôlera les contrôleurs? 

A l’heure où l’on parle de responsabilité sociale des entreprises, un traitement non-discriminant de l’ensemble des collaborateurs ne devrait même plus être un sujet de débat. Cela dit, la contrainte est rarement un moyen positif pour arriver à un résultat concluant. Dans ce dossier où les choses avancent lentement, on ne peut que regretter que les entreprises, qu’elles soient du secteur privé ou public, n’agissent pas plus rapidement pour atteindre l’égalité. Faisons-leur cependant confiance, la société évolue et les entreprises aussi, Genève en est le parfait exemple.

 *Fédération des entreprises romandes


 

 
 

 
 
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