Quelle énergie pour rouler demain?

jeudi, 15.06.2017

Le retrait des Américains aura au moins permis aux autres pays de resserrer les liens et d’être déterminés.

Burkhard Varnholt*

Il n’est pas encore possible d’évaluer les répercussions qu’aura sur l’environnement la décision prise par le gouvernement américain de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat dans quatre ans. Elle a pourtant eu un effet positif en dépit de toutes les critiques. En effet, elle a permis aux autres pays du G7 et à certains signataires de l’Accord, tels que le gouvernement chinois, de resserrer les rangs et de créer une atmosphère collective de «Maintenant plus que jamais». De même, dans l’économie, l’annonce de ce retrait des États-Unis a renforcé l’engagement en faveur du développement durable, surtout parmi les entreprises cotées en bourse.

D’après les entretiens que j’ai eus avec des experts, notamment le gérant de notre fonds Credit Suisse Global Energy Winners, je conclus que le Supertrend de la transition énergétique mondiale est toujours porteur d’avenir. Mais tout investisseur qui souhaite réaliser de bonnes affaires dans le secteur mondial de l’énergie doit bien se préparer. 

Des prix négatifs

En Allemagne par exemple, qui est le plus grand consommateur d’énergie d’Europe, l’électricité a récemment affiché des prix négatifs à plusieurs reprises aux bourses de l’énergie. Le développement massif des énergies renouvelables crée d’énormes surcapacités. La demande en période de pointe en Allemagne s’élève à 80 gigawatts, alors que la puissance nominale de toutes les centrales de production est de 200 gigawatts. 

Ce n’est donc pas tant dans la production d’énergie qu’ailleurs que l’on peut réaliser des gains. Des réseaux intelligents et des compteurs d’électricité connectés sont indispensables pour le succès d’une transition énergétique durable. Les entreprises qui les installent pourront probablement jouir d’une position monopolistique. Le mur à accumulation d’énergie développé par Elon Musk, pour les garages par exemple, doit permettre d’utiliser une voiture comme un radiateur à accumulation, qui peut stocker les excédents nocturnes d’électricité de manière décentralisée. L’ampleur du potentiel de cette nouvelle ère explique pourquoi Toyota investit à lui seul un milliard de dollars dans le Toyota Research Institute, son centre de recherche pour la mobilité de l’avenir. 

La plupart des autres constructeurs automobiles possèdent des laboratoires de recherche similaires. 

Dans le transport maritime également, qui est le plus grand émetteur de CO2 du commerce mondial, on développe des solutions pour l’après carburants fossiles. MSC Cruises, l’une des plus grandes compagnies internationales de croisières, a commandé récemment quatre navires géants propulsés uniquement au gaz naturel liquéfié (GNL) en remplacement du diesel traditionnel. Nippon Yusen KK et d’autres sociétés travaillent sur des solutions d’entraînement hybrides, qui intègrent également l’énergie solaire et éolienne, ce qui leur permettra de réduire de 60% la consommation de carburant et de 80% les émissions de CO2 en l’espace de quelques années déjà.

De même que l’âge de pierre n’a pas pris fin par manque de pierres, l’ère des énergies fossiles ne prendra pas fin par manque de pétrole. C’est bien plus le pouvoir des idées nouvelles qui marquera l’aube d’une nouvelle époque. Tout comme le développement du travail des métaux a été à l’origine du passage de l’âge de pierre à l’âge de bronze, le développement d’une mobilité plus durable entraînera la fin de l’ère des énergies fossiles. En tant qu’investisseurs, nous pouvons participer à cette évolution et y jouer un rôle actif. C’est là que résident les opportunités et la responsabilité de la gestion de fortune durable.

*CIO Swiss Universal Bank Deputy Global CIO Credit Suisse


 

 
 

 
 
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